« Saisons en friche », de Sonia Ristic : un squat pour s’affirmer écrivaine

C’est au contact d’artistes squatteurs, dans les années 2000, que Sonia Ristic a mûri sa vocation d’auteure. Elle livre aujourd’hui le roman de cette période de sa vie.

Par Publié le 23 mai 2020 à 22h00

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Le Théâtre de Verre, rue de l'Echiquier, à Paris, en 2007.
Le Théâtre de Verre, rue de l'Echiquier, à Paris, en 2007. CAPMAN VINCENT/SIPA

« Saisons en friche », de Sonia Ristic, Intervalles, 304 p., 19,90 €, numérique 14 €.

« Bon sang, ils me manquent, qu’est-ce qu’ils deviennent ? » : voilà la question qui taraude Sonia Ristic alors qu’elle a mis depuis quelques mois le point final à son précédent roman, Des fleurs dans le vent (Intervalles, 2018), et laissé ses trois personnages à l’aube de leurs 30 ans. L’écrivaine et dramaturge, née en Yougoslavie en 1972, que « Le Monde des livres » a rencontrée début mars, avait suivi ses héros sur précisément vingt-six ans : du soir de l’élection de François Mitterrand, en 1981 (ils avaient 3 ans), à celui de l’élection de Nicolas Sarkozy, en 2007. Saisons en friche, son nouveau roman, « comme un pas de côté sur le même chemin », reprend le personnage de Douma. Mais surtout « son milieu », à savoir le Paris des marges : « Celui que je connais le mieux, justifie Sonia Ristic, puisque c’est celui dans lequel j’ai évolué. Le Paris dont on parle seulement quand il s’agit d’en pointer les problèmes, et dans lequel je sais qu’il y a une grande richesse et une immense créativité. »

« L’art de squat », explique Sonia Ristic, est une « forme d’expression libre, underground, à partir de ce qu’on peut récupérer çà et là, et complètement en dehors de tout marché de l’art »

Elle le sait « par expérience », précise-t-elle. Les études à Paris terminées, la jeune comédienne se refuse à rentrer à Belgrade, « dans un pays qui n’existe plus », et rencontre les membres d’un collectif artistique. Ils ont pris leurs quartiers dans une ancienne verrerie-miroiterie du 12e arrondissement, rebaptisée le « Théâtre de Verre ». Bientôt expulsés, ils trouvent domicile dans un entrepôt désaffecté de la Sernam du 10e arrondissement. Et, pendant presque trois ans, Sonia Ristic ne quitte ce lieu que pour aller dormir dans son appartement exigu. C’est également là, au squat de la rue de l’Echiquier, qu’elle a placé les personnages de Saisons en friche : des plasticiens ou des poètes qui pratiquent « l’art de squat ». C’est-à-dire, explique-t-elle, une « forme d’expression libre, underground, à partir de ce qu’on peut récupérer çà et là, et complètement en dehors de tout marché de l’art ».

Lire aussi cette archive de 2003 : A Paris, les artistes réclament le droit au squat

Pour Sonia Ristic, c’est au squat que s’est précisée sa vocation artistique. « Qu’est-ce qu’on crée dans ces lieux-là ? C’est la question qui se pose. Pour ma part, c’était des pièces de théâtre avec une distribution énorme. J’écrivais (j’écris toujours) comme si j’avais toute la troupe de la Comédie-Française à disposition, parce que je trouvais toujours vingt copains pour jouer. » Pas elle, d’ailleurs : au squat, la jeune comédienne comprend petit à petit qu’elle n’a envie que d’écrire. Activité à laquelle elle finira par se consacrer quelque trois ans après avoir commencé à fréquenter le collectif, lorsqu’elle obtiendra (comme l’une des héroïnes de Saisons en friche) une bourse d’écriture et une résidence d’auteur à Limoges.

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