« Sine die » : la chronique du confinement d’Eric Chevillard. Jour 13

Haltères, gainage, flexions, pompes, corde à sauter, nous sommes tous en train de nous sculpter un corps d’athlète.

Publié le 31 mars 2020 à 14h30 - Mis à jour le 13 avril 2020 à 07h56 Temps de Lecture 2 min.

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[L’écrivain Eric Chevillard a tenu pour « Le Monde » la chronique « Sine die », les trois premières semaines de restriction des déplacements.]

Un jogger masqué. Rome, 18 mars.
Un jogger masqué. Rome, 18 mars. YARA NARDI/REUTERS

Nous sommes encore autorisés à sortir un court moment pour la nécessaire promenade quotidienne de nos animaux de compagnie. Notons que le chien appelle « promenade » ce que l’homme appelle « défécation », et qu’il lui faut la rue, la ville tout entière même, où déposer sa crotte, alors que, pour nous, à l’inverse, ce rite ou ce devoir constitue, en temps normal, la seule expérience journalière de confinement, dans la petite pièce au bout du couloir. En somme, ce besoin impérieux est pour le chien l’occasion de quitter un peu la maison et, pour son maître, au contraire, une bonne raison de rentrer chez lui en courant. Dans les deux cas, me direz-vous, on se dégourdit les jambes.

J’ai usé de ce droit dans les premiers temps. Je sortais Tiburce dans le quartier. Il tournait en bourrique dans la maison. Cependant, j’ai bientôt cessé, les rares passants de rencontre me lançaient des regards courroucés et des réflexions désobligeantes. Il faut dire que, même tenu fermement en laisse, Tiburce inspire la crainte. J’ai beau rassurer, affirmer qu’il est gentil, qu’il ne mord pas, mon brave petit pangolin fait peur à tout le monde.

Il est vital de faire de l’exercice. J’ai moi-même fixé mes crampons à la semelle de mes pantoufles, afin de donner à mes vagues déambulations domiciliaires un caractère plus sportif

Ne me reste donc, pour sortir dans la ville, que le prétexte de l’exercice physique. Les directives gouvernementales étant un peu confuses, nous avons d’abord cru que nous étions obligés de courir dans la rue. Le footing est devenu notre seul mode de locomotion. Même ma vieille voisine qui ne se meut plus depuis trois ans sans le soutien d’un déambulateur a retrouvé au fond de sa mémoire un survêtement en éponge cerise dans lequel elle effectue désormais sa marche nordique quotidienne. Chaque jour, elle avale ses 100 mètres de trottoir. Chaque jour, elle pulvérise son record de la veille.

Il est vital de faire de l’exercice. J’ai moi-même fixé mes crampons à la semelle de mes pantoufles afin de donner à mes vagues déambulations domiciliaires un caractère plus sportif. Chacun s’adonne ardemment à la gymnastique. Haltères, gainage (à ne pas confondre avec le bondage, qui sollicite aussi beaucoup la sangle abdominale, et tout un tas d’autres sangles d’ailleurs), flexions, pompes, corde à sauter, nous sommes tous en train de nous sculpter un corps d’athlète.

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