« Le Courage des autres », d’Hugo Boris, et « Aux armes », de Boris Marme : deux livres comme miroirs de la violence

Les deux auteurs explorent sans complaisance, avec les moyens de la littérature, les réactions humaines face à la brutalité du monde. Entretien croisé.

Propos recueillis par Publié le 16 février 2020 à 12h00

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Cérémonie à la mémoire des victimes de la tuerie de 2018 dans un lycée de Parkland, Floride, en mai 2019.
Cérémonie à la mémoire des victimes de la tuerie de 2018 dans un lycée de Parkland, Floride, en mai 2019. John McCall/AP

« Le Courage des autres », d’Hugo Boris, Grasset, 174 p., 17 €.

« Aux armes », de Boris Marme, Liana Levi, 266 p., 19 €.

Phénomène vieux comme le monde, la violence se double aujourd’hui d’une surenchère dans sa représen­tation, notamment au cinéma, sur les chaînes d’info ou sur Internet. A une époque où elle envahit les écrans, saturant et anesthésiant l’imaginaire, que peut la littérature face à ce déferlement d’images exhibant tourments et atrocités ?

En cette rentrée littéraire d’hiver, deux auteurs tentent de résister à cette sidération en explorant les réactions des hommes à des formes différentes de violence, entre courage et lâcheté. Hugo Boris sonde sa propre faiblesse face aux agressions du quotidien, tandis que Boris Marme met en scène un policier qui hésite à protéger des enfants face à un tueur. « Le Monde des livres » les a réunis pour dialoguer.

D’où provient l’idée d’écrire sur la violence, et de le faire dans la forme que vous avez l’un et l’autre choisie ?

Hugo Boris Pendant quinze ans, j’ai eu l’habitude, dans les transports, de saisir des scènes qui m’interpellaient. Une fois écrites, je les mettais dans une pochette, sans savoir ce que j’allais en faire. Un jour, j’ai eu la curiosité d’y jeter un œil et j’ai été happé, et aussi un peu terrorisé. J’ai assisté à des scènes sidérantes que j’avais, pour la plupart, oubliées. J’ai été sidéré par ma propre sidération, car ce qui émergeait en creux, entre les lignes, c’était le portrait d’un homme lâche, qui n’osait pas s’interposer. A l’inverse, je décrivais des hommes et des femmes qui ont osé aller au contact, prendre la parole, voire s’interposer physiquement. Ces gens-là, je leur rends hommage avec ce livre qui est aussi une réflexion sur le courage. Pour la forme, il est plus facile de dire ce que le livre n’est pas : ce n’est pas un roman, ce n’est pas un journal, une autobiographie, un essai. C’est un butin que j’ai amassé, un herbier. Dans le mot « herbier », il y a une notion médicale qui contient l’idée de se guérir.

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Boris Marme A l’origine de mon roman, il y a un fait divers, la tuerie de Parkland, en Floride, en 2018, et surtout la révélation du comportement d’un policier chargé de la sécurité de l’établissement, qui n’est pas entré dans le bâtiment pour arrêter le tireur. C’est ce personnage qui m’a intéressé. Il reste à l’extérieur et est accusé d’être lâche ; je me suis dit que c’était bien plus complexe que ça. J’ai tout de suite pensé à un Thésée un peu raté qui n’entrerait pas dans le labyrinthe et sur lequel tout le monde s’acharnerait. J’ai fait le choix de la fiction pour avoir beaucoup plus de liberté. J’ai beaucoup pensé à la démarche d’Emmanuel Carrère, qui va au contact de la personne réelle [pour écrire L’Adversaire (P.O.L, 2000), l’auteur a correspondu avec Jean-Claude Romand, l’homme qui a inspiré son livre]. Ce qui m’intéressait, c’était, au contraire, de créer un personnage pour pouvoir le faire évoluer autrement, pousser les dérives plus loin et en faire une interprétation plus ­personnelle.

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