« Deus Casino », de François De Smet : la chronique « philosophie » de Roger-Pol Droit

Si le pastafarisme est un canular, on peut sans doute en dire autant de toutes les religions, montre François De Smet.

Publié le 14 février 2020 à 08h00 - Mis à jour le 14 février 2020 à 08h48 Temps de Lecture 2 min.

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Un(e) adepte du pastafarisme, reconnaissable à la passoire dont il(elle) se couvre le chef, lors du défilé du solstice d’été à Seattle (Washington), en 2018.

« Deus Casino », de François De Smet, PUF, « Perspectives critiques », 236 p., 18 €.

LES LEÇONS DU DIEU-SPAGHETTIS

Au commencement était un canular. En 2005, aux Etats-Unis, Bobby Henderson, étudiant à l’université de l’Oregon, invente une religion, le culte du Monstre en spaghettis volant. Selon cette confession parodique, le créateur de l’Univers est un amas de pâtes truffé de deux boulettes de viande. Cet Etre suprême d’un nouveau genre aurait bâti le monde après avoir forcé quatre jours sur la bière, ce qui explique le caractère très approximatif du résultat.

Si ce n’était qu’une blague de potaches, le « pastafarisme » (mot-valise formé à partir de « pasta » et de « rastafarisme ») ne donnerait pas lieu, quinze plus tard, à un essai philosophique. Et pourtant, dans Deus Casino, François De Smet prend cette aventure loufoque comme point de départ de ses réflexions sur les religions, sur la croyance en général et sur leur rôle dans les sociétés contemporaines. Auteur de plusieurs essais remarqués, notamment Reductio ad Hitlerum et Lost ego (PUF, 2014 et 2018), il souligne combien l’histoire de ce culte-farce est déconcertante mais révélatrice, et finalement bien plus intéressante qu’on n’aurait pu le penser.

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Premier étonnement : la religion du dieu-spaghettis est officiellement reconnue, aujourd’hui, par plusieurs pays du monde, notamment les Pays-Bas et Taïwan. Des mariages pastafariens sont célébrés. Certaines administrations autorisent les fidèles à conserver, sur leur permis de conduire, leur photo avec passoire sur la tête, symbole de leur foi… Deuxième étonnement : nombre de juristes se trouvent bien embarrassés, pas mal de législateurs aussi. Au nom de quoi, en effet, refuser à cette croyance, même si elle constitue une extravagance revendiquée, le nom de religion ? Sur quel motif lui dénier les droits accordés aux autres ? Les réponses ne sont pas si simples…

La farce comme révélateur

Car le débat ne peut porter sur l’incohérence ou l’invraisemblance du dogme, puisque les religions établies sont dans la même situation. Impossible également de légitimer les fables anciennes pour mieux disqualifier les délires récents. Difficile aussi d’opposer au pastafarisme des arguments scientifiques, dans la mesure où les religions en place soulignent toutes, pour justifier leur légitimité, qu’elles échappent à la réfutation par les faits. François De Smet montre ainsi comment la farce, en l’occurrence, fonctionne comme révélateur.

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