Biographie. Nam Phuong dans la ­tourmente vietnamienne

François Joyaux retrace le curieux parcours de la dernière impératrice du Vietnam (1913-1963), passant de Paris à Huê, puis Cannes et Chabrignac, en Corrèze.

Par Publié le 08 décembre 2019 à 12h00

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Nam Phuong (1913-1963).
Nam Phuong (1913-1963). Florence Wojtyczka

« Nam Phuong. La dernière impératrice du Vietnam », de François Joyaux, Perrin, 366 p., 23 €.

Au Vietnam, la dernière impératrice, Nam Phuong (1913-1963), n’est pas tombée dans les oubliettes de l’histoire. A ­Hanoï, Huê, Saïgon et dans les villes ­provinciales, des petites filles portent aujourd’hui son nom, tout comme des restaurants, des hôtels… Quantité de photographies de sa vie à la cour de Huê, puis de son exil à Cannes, après 1947, sont disponibles en ligne. Sans compter les Vietnamiens de France, nombreux à se rendre en pèlerinage sur sa tombe, à Chabrignac (Corrèze). Comment expliquer une telle popularité, plus de cinquante ans après sa mort ?

Comprendre le rôle de Nam Phuong

De façon surprenante, les archives d’outre-mer, pourtant riches sur l’Indochine, ne possèdent aucun dossier à son sujet. Et côté vietnamien, hormis une ­petite biographie romancée, pas grand-chose non plus. Pour comprendre le rôle politique qu’a joué Nam Phuong dans l’histoire contemporaine du Vietnam, l’universitaire François Joyaux, spécialiste de l’Extrême-Orient, a mené l’enquête, multipliant correspondances et entretiens avec les membres de la famille de l’impératrice, mais aussi avec des ­habitants de Chabrignac.

D’emblée, il introduit une énigme qu’il ne lèvera qu’à la fin du livre : pourquoi Nam Phuong a-t-elle achevé sa vie (à l’âge de 49 ans) en Corrèze ? Tenu en haleine, le lecteur remonte le fil d’une existence qui reflète l’ambiguïté de la situation coloniale indochinoise. Nam Phuong, née Jeanne Marie Nguyen Huu Thi Lan, est issue d’une famille cochinchinoise occidentalisée et catholique, instrument de la colonisation, ce qui lui vaut d’être française. En se mariant, en 1934, avec l’empereur Bao Daï (1913-1997), elle s’allie à une famille bouddhiste, formée aux classiques chinois, qui ne songe qu’à prolonger le passé précolonial. Leur union, loin de contenter la cour de Huê, en grande ­partie attachée à la polygamie de l’empereur, devient une affaire d’Etat, dans ­laquelle interviennent le gouverneur ­général d’Indochine et le Vatican.

Maintien impérial et œuvres sociales

L’auteur restitue pas à pas les enjeux tant existentiels que politiques. Si la très pieuse Nam Phuong, élevée au couvent des Oiseaux, à Paris, obtient de l’empereur, lui aussi éduqué en France, qu’il s’engage sur le principe du mariage unique, la République coloniale leur rappelle qu’elle est la puissance protectrice. A la naissance, en 1936, de Bao Long, premier fils du couple, c’est l’épouse du résident supérieur du protectorat français d’Annam, Maurice-Fernand Graffeuil, qui ­présente l’enfant à son père.

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