Jeanne Benameur, Thierry Aimar, Belinda Cannone… Les brèves critiques du « Monde des livres »

Romans, poésie, histoire, sociologie, philosophie… 2019, 23e semaine.

Par , , , , , et Publié le 06 juin 2019 à 09h00

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Essai. « Hayek. Du cerveau à l’économie », de Thierry Aimar

Que la caricature incombe à ses ­disciples ou à ses détracteurs, le Prix Nobel d’économie Friedrich Hayek (1899-1992) est souvent ­réduit au rôle d’incarnation du ­libéralisme ­radical, sans égard pour la ­diversité de son œuvre ou la signi­fication de ce libéralisme. Thierry Aimar, dans une synthèse limpide, revient à la substance des textes en reliant des travaux hétérogènes – sur le cerveau, l’entrepreneuriat, la monnaie… – au paradigme qui les unit : notre ignorance de nous-même et des autres, sur laquelle Hayek fonde un refus de toute emprise collective. Si l’inconnu est la règle, seul l’individu peut apprendre, par approximation, à se ­connaître et à organiser sa vie, et la société n’a d’autre socle possible, sinon illusoire. Avant de constituer une doctrine à adopter ou rejeter, la pensée d’Hayek apparaît ainsi comme une méthode, à la fois ­sceptique et vigoureuse, d’initiation à l’usage de soi. Fl. Go.

« Hayek. Du cerveau à l’économie », de Thierry Aimar, Michalon, « Le Bien commun », 120 p., 12 €.

Lire aussi cette tribune de Thierry Aimar : Prélèvement forfaitaire unique sur les revenus des placements financiers : « Il est à craindre que cette réforme n’accouche d’une souris »

Poésie. « L’exil n’a pas d’ombre », de Jeanne Benameur

Elle marche dans le désert. « Est-ce que ce sont mes pas/qui créent de la route/et de la route ? » Tournant le dos à son village, cap vers la mer. Qu’on ait déchiré le livre de son enfance ne l’affecte plus. « L’enfance n’est pas une terre que l’on quitte. » Elle est entrée dans le langage, et par lui, par la lecture et l’écriture, elle sait accéder à la ­liberté. « Je veille. Je dors. Je rêve./ Marcher c’est reconstruire l’histoire de mon livre. » Lui la suit, l’observe, à distance. S’il ne sait décoder que les signes de la nature, le ciel, le vent, les traces laissées par les bêtes et les plantes, il a le don de l’observation muette. « La nuit je vois les paroles des étoiles./ J’aime aussi les paroles sans la voix. » Aucun des deux ne connaît la peur. Ils avancent, soulevant la poussière, y inscrivant leurs pas, leurs noms, sous le ­soleil où leurs corps n’ont plus d’ombre. Elle conduit leur exil ; ce sont des compagnons d’infortune et d’espérance. « C’est quand elle dort qu’il l’apprend. » Leurs souffles se conjuguent dans la langue forte et lumineuse de Jeanne Benameur, qui compose là un hymne à la vie et à la liberté d’une insolente splendeur. Ph.-J. C.

« L’exil n’a pas d’ombre », de Jeanne Benameur, Bruno Doucey, 84 p., 14 €.

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