« Clairvaux en guerre », de Dominique Fey et Lydie Herbelot. Espions, résistants, collaborateurs : tous en prison

Dominique Fey et Lydie Herbelot retracent l’histoire de la fameuse centrale pénitentiaire de l’Aube avant, pendant et après l’Occupation.

Par Publié le 06 mai 2019 à 08h00

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Clairvaux, carte postale non datée.
Clairvaux, carte postale non datée. Domaine public

« Clairvaux en guerre. Chronique d’une prison (1937-1953) », de Dominique Fey et Lydie Herbelot, Imago, 316 p., 23 €.

Début 2016, les historiens Dominique Fey et Lydie Herbelot poussent les portes des ­Archives départementales de l’Aube, où ils vont pouvoir consulter les documents de la prison de Clairvaux liés à la seconde guerre mondiale. Le duo connaît bien l’histoire de cette ancienne ­abbaye devenue pénitencier en 1808, pour lui avoir consacré une première monographie, Clairvaux. Vies emmurées au XIXe siècle (TheBookEdition, 2013).

Contrairement à Corinne Jaladieu dans ses travaux de référence (La Prison politique sous ­Vichy, L’Harmattan, 2007), ils élargissent la séquence « 39-45 » pour aller des prémices de la guerre, en 1937, lorsque des espions à la solde de l’Allemagne sont détenus dans la centrale, à 1953, date de la dernière grande loi d’amnistie, qui libère la plupart des prisonniers condamnés par les cours de justice de l’épuration.

Avant la guerre, des protocoles de défense passive sont mis en place en cas d’attaques aériennes. En vain. Le directeur, Joseph ­Buchou, est pris de panique, le 14 juin 1940, lorsque la prison est ciblée par un bombardement ­allemand. Alors que les troupes et les blindés du général Guderian foncent sur la ville voisine de Bar-sur-Aube, il reçoit l’ordre d’évacuer la prison. Près de 800 prisonniers voient les portes s’ouvrir devant eux. Le corps de Buchou sera retrouvé trois jours plus tard à Decize (Nièvre), la gorge tranchée, les poignets couverts d’entailles. Vidée de ses prisonniers, la centrale renferme de nouveaux condamnés dès la fin juin, après que les Allemands en ont pris possession. La population carcérale grimpe vite à plus de 1 000 détenus fin décembre.

« Otages » exécutés,

A partir de différentes archives – registres d’écrou, lettres d’internés administratifs, rapports envoyés au directeur par des ­détenus recrutés comme indicateurs –, les auteurs mettent en lumière les pratiques carcérales à l’œuvre. Les internés administratifs, résistants et otages, sont placés à l’écart des prisonniers de droit commun. Des logiques d’exclusion et de répression qui sont le résultat d’un jeu d’échelle de décisions, le nouveau directeur de la prison, Emile Ulpat, répondant aux ordres du préfet de l’Aube, mais également à ceux de l’administration de Vichy et du commandement allemand.

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1941 voit l’arrivée de nombreux prisonniers politiques, opposants notamment communistes, tels Guy Môquet et Jean-Pierre Timbaud, qui seront trans­férés à Châteaubriant (Loire-Atlantique) avant d’y être fusillés. Clairvaux n’est pas en reste : entre 1941 et 1942, vingt et un « otages » y seront exécutés, dont Léon Frot, et quarante-neuf d’entre eux ­seront déportés à Auschwitz.

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