Pour Paris canaille, suivez Dominique Kalifa

L’historien embrasse l’histoire sociale de la capitale française comme haut lieu de l’amour et du sexe.

Par Publié le 31 octobre 2018 à 10h30 - Mis à jour le 31 octobre 2018 à 10h49

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Paris. Une histoire érotique, d’Offenbach aux Sixties, de Dominique Kalifa, Payot, « Une histoire érotique », 300 p., 21 €.

Pigalle, à Paris, dernière trace du Paris érotique.
Pigalle, à Paris, dernière trace du Paris érotique. NOONLAND / WESTEND61 / PHOTONONSTOP

Voici un beau livre qu’apprécieront les amoureux qui se bécotent sur les bancs publics comme les passants honnêtes qui leur jettent des regards obliques. Les uns et les autres comprendront en le lisant comment est né un imaginaire social encore très puissant, qui a fait de Paris une des capitales mondiales, voire la capitale mondiale, des passions éphémères ou plus durables, le lieu par excellence du baiser amoureux, des liaisons adultères et de toutes les formes d’érotisme.

Cette association si puissante entre une ville, des sentiments et des pratiques a trouvé un historien en la personne de Dominique Kalifa, qui livre avec ce Paris une étude aussi minutieuse que plaisante. Délaissant l’univers du crime et des bas-fonds qu’il a inlassablement parcouru pendant plus de vingt-cinq ans (L’Encre et le Sang, Fayard, 1995 ; Les Bas-Fonds, Seuil, 2013 ; Tu entreras dans le siècle en lisant Fantômas, Vendémiaire, 2017…), ce grand spécialiste d’histoire culturelle, s’il aborde ici une thématique en apparence plus légère, continue de décortiquer avec finesse les ressorts méconnus de nos sociétés contemporaines.

Les portes cochères

Pour Dominique Kalifa, l’imaginaire social liant Paris à l’amour et au sexe s’est construit au cours du siècle qui sépare les travaux d’Haussmann, dans les années 1850, aux nouvelles transformations de Paris réalisées durant les années 1960. Dans le Paris du Second Empire, cafés, boulevards, bois et jardins constituèrent des lieux de rencontre que les romans, la presse et même certains guides touristiques ne cessèrent de mettre en scène. Bals populaires et bals de société connurent un apogée dans cette seconde moitié du siècle, entraînant liaisons, mariages et séparations.

Au-delà, c’est une véritable géographie parisienne de l’amour qui s’est construite, une carte de Tendre ou de l’érotisme dont l’auteur restitue les points de fixation, jusqu’aux plus ordinaires, les portes cochères constituant par exemple un des lieux promus par cet imaginaire. Dans le Paris de la Belle Epoque et de l’entre-deux-guerres, des petites annonces proposent à la vente de « ravissantes garçonnières » meublées, utilisables en toute discrétion. Un auteur publie en 1928 une statistique des « amours coupables », à savoir le pourcentage des époux adultères arrondissement par arrondissement.

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