Livres en bref

Romans, contes, essais, récits… les brèves critiques du « Monde des livres » du 16 mars 2018.

Par , , , , , , et Publié le 15 mars 2018 à 07h30 - Mis à jour le 15 mars 2018 à 07h30

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Essai. Cartographier la vie

Archipel des passions, de Charlotte Casiraghi et Robert Maggiori, Seuil, 336 p., 20 €.

En suivant une courbe qui, de l’amour à la haine, traverse quarante affects, sentiments ou attitudes – la camaraderie, la joie, la douceur, la médisance, la cruauté… –, deux auteurs tissent ensemble… Quoi, au juste ? Il n’est pas aisé de définir le genre d’un texte écrit à deux qui, sans adopter la forme du dialogue philosophique, se présente cependant comme la suite naturelle d’« infinies discussions, débats, conversations débridées, fous rires ». Dans ce qu’ils nomment eux-mêmes, faute de mieux, « une cartographie des passions », quelle est la part de Charlotte Casiraghi, nièce du prince Albert de Monaco, fondatrice, en 2015, des Rencontres philosophiques de la Principauté, et celle de Robert Maggiori, philosophe, critique littéraire à Libération, qui fut son professeur ? Comment la conversation s’est-elle transformée en texte ? Comment les auteurs se sont-ils modifiés en se confrontant ? En somme, que lit-on ? Nous ne le saurons pas mais, plus le livre avance, plus s’imposent l’évidence et l’intérêt du procédé, quel qu’il soit. Plus, aussi, on se convainc du charme de ces genres mêlés, indécidables, qui permettent le mouvement, l’errance, le plaisir de parcourir l’expérience humaine comme une terre inconnue. Fl. Go

Roman. Mortelles rumeurs

Bouche creusée, de Valérie Cibot, Inculte, 140 p., 14,90 €.

« D’autres bruits sont arrivés encore. Des bruits chuchotés de bouche en bouche, de murmure à oreille tendue. Sitôt entendus, je me mettais à les regretter, mais c’était trop tard, je les avais entendus et jamais ces bruits ne pourraient être oubliés. » Tandis qu’elle regarde par la fenêtre, comme le reste de son village de montagne, un voisin avaler de la terre, une poignée après l’autre, la narratrice raconte comment une rumeur a détruit cet homme. Un apiculteur que tout le bourg s’était mis à épier, le soupçonnant d’être trop proche d’un étranger, multipliant les ragots à leur sujet – le deuxième, on l’apprend très vite, a été retrouvé pendu. Le premier roman de Valérie Cibot, née en 1980, impressionne autant par sa maîtrise retorse d’une narration à rebours que par la puissance d’une langue faite de métaphores, qui avance comme par contamination. R. L.

Roman. Petit magicien

Rosa Panthère, d’Emmanuelle Guattari, Mercure de France, 128 p., 13,80 €.

Dans son rêve, la jeune narratrice parcourt en volant un paysage d’autrefois : « Je vais vite, mais je vois tout » – les bruyères, les digitales, le froissement des herbes, les petits cailloux blancs. Ce regard minutieux, ces évocations ciselées donnent aux cinq brefs récits d’Emmanuelle Guattari une fraîcheur singulière, qu’elle évoque son enfance heureuse (La Petite Borde, Mercure de France, 2012), ou une insolite saison à New York (New York, petite Pologne, Mercure de France, 2015). A ces fragments autobiographiques, elle mêle désormais la fiction, avec le délicieux et douloureux Rosa Panthère. Car il y a l’enchantement créé par James, aux dons de petit magicien et de dresseur d’animaux – chat, chien, canaris, corneille. Et surtout la passion qu’il inspire à la jeune danseuse dont il a inventé le surnom. Mais tandis que se mêlent les souvenirs, les disparitions se succèdent : la noyade d’un petit chien, le naufrage auquel échappe James qui, de Valparaiso à Melbourne, court le monde. Et, évoquée tendrement, la mort d’une mère aimée aux « très grands yeux du Fayoum ». M. P.

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