1/14 Après le covoiturage, Faciligo veut promouvoir le covoyage solidaire

Que sont devenus les quinze lauréats des premiers prix de l’innovation urbaine Le Monde - Smart Cities attribués en avril 2016 ? Le premier article d’une série de quatorze évoque le devenir de Faciligo, plateforme basée à Montpellier de mise en relation entre des voyageurs à mobilité réduite et des personnes autonomes. Qui a pris son envol.

Par Publié le 03 février 2017 à 11h16 - Mis à jour le 25 février 2017 à 21h43

Temps de Lecture 4 min.

L’équipe de Faciligo, Hind Emad, Moussa Bouasba et Anne Lesire, a créé cette plateforme pour faciliter les déplacements des personnes à mobilité réduite.

Pour Laura Simonnet, découvrir Faciligo a été une libération. Malvoyante, cette étudiante de Montpellier, accompagnée par sa cousine pour se rendre à la fac, dépendait, pour ses autres déplacements, de la disponibilité de ses parents résidant en dehors de la ville. Jusqu’à ce qu’elle découvre, il y a un mois, la plateforme collaborative de mise en relation entre des voyageurs à mobilité réduite et des voyageurs autonomes. Elle dit avoir enfin gagné « l’indépendance dans sa vie quotidienne » et une plus grande liberté de mouvement.

Malvoyant comme Laura, de vingt ans son aîné, Ceferino Martinez apprécie lui aussi d’être entré dans la normalité. « On peut se déplacer comme n’importe qui, se réjouit-il. Finalement, Faciligo permet à des personnes handicapées de bénéficier d’un service identique à Blablacar ». Il avait essayé, sans succès, de trouver un covoyageur auprès du leader mondial du covoiturage. « C’est même mieux, car on peut être accompagné de porte à porte. ».

Faciligo, futur « BlaBlaCar solidaire » ? Il est encore trop tôt pour l’affirmer. Mais cette plateforme collaborative de mise en relation, qui était en phase d’expérimentation à Montpellier lorsqu’elle a obtenu, en avril 2016, le premier accessit du Prix de la mobilité Le Monde-Smart cities, a pris son envol en octobre. Après quatre mois d’existence, elle compte une communauté d’utilisateurs d’un bon millier de personnes, et gère quelque 700 annonces de trajets par jour. Son rayon d’action s’étend maintenant sur toute la France.

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L’idée de cette jeune pousse est de permettre à toute personne en situation de handicap, provisoire ou permanent, de trouver un covoyageur pour l’aider lors de ses déplacements en ville ou sur une plus longue distance. Que le voyage soit ponctuel ou régulier, en transports en commun (bus, tram, métro), en voiture, en train, ou même en avion. « Le besoin d’accompagnement touche une large frange de la population. Il peut s’agir de personnes en situation de handicap, de seniors mais également de personnes invalides temporairement ou encore de femmes enceintes avec poussette ou enfants en bas âges. L’idée est de permettre à toutes ces personnes de multiplier leurs opportunités de déplacements, sans plus dépendre de la disponibilité de leurs proches », explique Hind Emad, fondatrice de Faciligo.

En quelques clics sur le site de Faciligo, les voyageurs à mobilité réduite ainsi que tout accompagnateur volontaire peuvent indiquer la date et le lieu de leur déplacement. Faciligo se charge de les mettre en relation, en tenant compte des centres d’intérêts communs, des affinités, mais aussi des compétences et besoins spécifiques que l’accompagnement pourrait nécessiter, notamment pour les handicapés. L’accompagnateur assure une présence à la montée et à la descente du transport ainsi qu’à bord. Et tous les trajets sont assurés par la MAIF.

Acte citoyen solidaire

La participation au frais de voyages par la personne à mobilité réduite varie de 2,50 euros à 6 euros de l’heure, Faciligo percevant pour chaque mise en relation 1 euro s’il s’agit d’un trajet urbain, et 6 euros s’il s’agit d’un déplacement hors de la ville. « C’est une façon de rendre service tout en réduisant le coût de son billet », apprécie Kyle Chiha. Il accompagne des personnes à mobilité réduite et voyage même sans frais lorsqu’il fait le trajet avec des personnes titulaires d’une carte accordant la gratuité à ses accompagnateurs. Etudiant à l’Institut d’administration de l’entreprise (IAE) de Montpellier, Kyle a « posté » tous les trajets de tram qu’il sera amené à faire jusqu’à la fin de son année scolaire pour se rendre à l’université. D’autant que se trouvent, sur la ligne de tram qu’il emprunte, un centre pour malvoyants et un hôpital.

C’est surtout par « solidarité » que Moussa Bouasba, informaticien trentenaire, a, lui, décidé de proposer ses services, lorsqu’il prend sa voiture. « Je rends déjà ce type de service à mes parents âgés. Pourquoi ne pas le rendre aussi à des personnes dans le besoin que je ne connais pas ? Cela me donne la possibilité de m’engager. »

Qu’ils soient accompagnateurs ou accompagnés, tous disent que le lien se noue facilement entre covoyageurs, même s’il s’agit d’un déplacement occasionnel. Lors de ses deux, trois premières expériences, Laura Simonnet a particulièrement apprécié qu’en dépit de son handicap, le contact avec son accompagnateur ait été « très facile, très naturel. » « La personne n’était pas mal à l’aise », se félicite-t-elle. La seule chose que regrette cette étudiante, c’est qu’il faille pour le moment programmer quelques jours à l’avance ses déplacements pour être sûre de trouver un accompagnateur.

La communauté d’utilisateurs n’est pas encore suffisamment vaste pour rapprocher tous les compagnons potentiels de voyage d’une personne à mobilité réduite, ou trouver la perle rare à toutes les demandes de trajets accompagnés. Mais Faciligo propose de rediffuser sur les réseaux sociaux (Facebook, Twitter, Instagram) les annonces de trajets afin d’en assurer la plus large diffusion possible et multiplier les chances de mise en relation.

Hind Emad se dit confiante : elle voit le nombre d’utilisateurs de Faciligo croître de semaine en semaine. Faciligo multiplie les référencements auprès de maisons de retraites, mais aussi de syndicats de transports locaux ou de services d’aide à la mobilité réduite mis en place par des villes comme Montpellier, Rennes, Lyon et Paris. Des promoteurs d’écoquartiers tels que Kaufman & Broad et Engie y voient un service intéressant à proposer aux habitants des îlots urbains qu’ils aménagent. Faciligo est sur le point de décrocher l’agrément SNCF et devrait pouvoir, d’ici la fin février, éditer des billets de trains en ligne.

Hind Emad le reconnaît toutefois : « Il faut surtout que, comme le covoiturage, le covoyage solidaire entre dans les mœurs ».

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