Insomnie, anxiété : la santé mentale des Français s’est dégradée pendant le confinement

EN UN GRAPHIQUE – Les indicateurs des autorités sanitaires sont supérieurs à ce qui est mesuré habituellement et font craindre un risque de « deuxième vague psychiatrique ».

Par et Publié le 26 mai 2020 à 15h21 - Mis à jour le 26 mai 2020 à 16h44

Temps de Lecture 3 min.

Une alerte inquiétante a été lancée par l’Intersyndicale nationale des internes, le 22 mai : les élèves de médecine en fin d’étude, en première ligne auprès des soignants aguerris, présentent des syndromes d’anxiété et de dépression beaucoup plus élevés qu’en temps normal.

Depuis le 23 mars, Santé publique France (SPF) a lancé avec l’institut de sondage BVA l’enquête CoviPrev. Un questionnaire mesure, d’une part, la connaissance et la mise en œuvre des mesures de protection et, d’autre part, la santé mentale des personnes pendant l’épidémie. Concrètement, il s’agit de surveiller un paramètre « susceptible de présenter un fardeau supplémentaire pour le système de santé ».

Méthodologie :

La méthode suivie consiste à interroger par Internet des panels de personnes résidant en France métropolitaine, représentatives sur un échantillon assez large – environ 2 000 personnes de plus de 18 ans, indique BVA. Ces données ont été redressées « sur le sexe, l’âge, la catégorie socioprofessionnelle, la catégorie d’agglomération et la région d’habitation » mais « sont sujettes à un biais de déclaration. De plus, pour certaines régions, les effectifs peuvent être assez faibles (une centaine de répondants), conduisant à une incertitude dans les estimations produites », met en garde SPF. Pour cette raison, nous ne gardons ici que les chiffres nationaux et conservons l’intervalle de confiance (encadré par deux valeurs qui définissent une marge d’erreur possible, matérialisé par le halo bleu clair sur nos différents graphiques) calculé par l’institut de sondage.

Deux tiers ont des troubles du sommeil

En cette période de confinement, 66 % des répondants ont dit avoir eu un sommeil troublé dans les huit derniers jours. Ils étaient un peu moins fin mars (61 %). Dans son précédent bilan, en 2017, SPF constatait qu’environ 49 % des Français sont habituellement touchés par ces problèmes de sommeil.

Des problèmes de sommeil persistants
Les problèmes de sommeil déclarés par les personnes interrogées ont augmenté pendant le confinement. Leur prévalence est supérieure à celle qui avait été observée en 2017, lors d'un baromètre réalisé par Santé Publique France.
Source : Santé Publique France

La proportion de personnes présentant un état d’anxiété reste supérieure à la prévalence qui avait été observée lors du baromètre 2017 de SPF. Mesurée grâce à l’échelle HAD (Hospitality Anxiety and Depression Scale), un instrument de quatorze questions permettant de déceler les troubles anxieux et dépressifs, elle a toutefois diminué depuis fin mars, passant d’environ 27 % des personnes interrogées à 18 %.

Les états anxieux en baisse depuis le début du confinement
La prévalence de l'anxiété parmi les répondants a diminué depuis le début du confinement.
Source : Santé Publique France

Concernant les états dépressifs, SPF indique qu’ils n’ont « globalement pas évolué » depuis le début des mesures, fin mars. Ils concernent près de 19 % des répondants.

L’institut sanitaire et BVA analysent la situation en rapprochant un risque plus élevé d’anxiété de certaines caractéristiques sociodémographiques : être une femme, un parent d’enfant de moins de 16 ans, déclarer une situation financière difficile. De fait, malgré les amortisseurs mis en place, le confinement a aggravé les inégalités liées au travail, au logement et au revenu. Les femmes avec enfants, à plus forte raison les mères célibataires, ont témoigné de leur désarroi pendant ces longues semaines, l’isolement aggravant des conditions souvent déjà difficiles matériellement.

Les enfants sont absents de ce sondage. Ce sont même les grands oubliés de cette crise, selon le professeur Richard Delorme, chef du service de pédopsychiatrie de l’hôpital Robert-Debré (AP-HP) :

« Les spécialistes de santé mentale de l’enfant ont fait le même constat dans tous les pays : le confinement est une situation à risques avec des retentissements sur le plan psychologique et psychiatrique, mais aussi une exacerbation des violences intrafamiliales. »

Augmentation de la consommation de psychotropes

D’autres facteurs peuvent détériorer la santé mentale : télétravailler en période de confinement et avoir un proche affecté par le Covid-19 ; ou encore être mal informé sur la maladie. « A l’inverse, écrit SPF, avoir une bonne connaissance des modes de transmission de la maladie, respecter les mesures de confinement, se sentir capable d’adopter les mesures de protection et avoir confiance dans l’action des pouvoirs publics diminuaient le risque d’anxiété. »

Conséquence de ces syndromes anxieux ou dépressifs, une augmentation des conduites addictives a été enregistrée par certains spécialistes : alcool, psychotropes… L’étude de SPF montre notamment une hausse en forme de palier de la consommation de psychotropes : elle est passée de 10 % environ en temps normal à 13 %-14 % pendant le confinement.

L’agence sanitaire continue de suivre attentivement l’évolution de la situation. D’autant que des personnes touchées par des troubles psychologiques chroniques n’ont pu bénéficier de leurs soins habituels lors du confinement. Cela suscite des inquiétudes sur un risque de « deuxième vague psychiatrique », en raison des décompensations (dérèglement, souvent brutal, d’un équilibre obtenu grâce à des mécanismes de compensation) et des ruptures de traitement et de soins.

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