Moins de bruit, plus de télé, pas d’avions ou presque : la « France à l’arrêt » en douze graphiques

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Publié le 01 avril 2020 à 10h22 - Mis à jour le 02 avril 2020 à 14h03

Le directeur de l’Institut national des statistiques et des études économiques (Insee) l’a reconnu lui-même en publiant, jeudi 26 mars, les résultats des enquêtes de conjoncture, en forte baisse : il est difficile, voire impossible, de montrer par des chiffres l’ampleur de la crise inédite provoquée par l’épidémie de Covid-19 en France. Selon l’Insee, l’activité aurait fondu d’un tiers en quelques jours. Certains indicateurs sont assez explicites : transport, énergie, consommation, entreprises, finance… Nous en avons sélectionné douze.

Dans cet article, il s’agit de montrer des tendances et des ordres de grandeur. Excepté pour les chiffres de l’Insee, qui sont construits avec un calendrier mensuel, et dans la limite de la disponibilité des données, nous avons pris des indicateurs des trente derniers jours, et non ceux des années précédentes, qui ne sont pas toujours pertinents pour des comparaisons (variations selon les jours de la semaine, selon la météo ou d’autres événements…).

1. En un mois, l’activité des dix aéroports français les plus fréquentés s’est effondrée

Aéroports de Paris-Charles-de-Gaulle, Paris-Orly, Nice-Côte d’Azur, Lyon-Saint-Exupéry, Marseille-Provence, Toulouse-Blagnac, Bâle-Mulhouse-Fribourg, Bordeaux-Mérignac, Nantes-Atlantique, Paris-Beauvais.

2. Les embouteillages réduits à néant en Ile-de-France

Depuis la mise en place du confinement, le 17 mars à midi, le cumul des bouchons présenté sur Sytadin du à l'ensemble des usagers des autoroutes non concédées, des routes nationales franciliennes et du boulevard périphérique parisien est proche de zéro, comme la nuit ou pendant certaines périodes de vacances.

Source : Sytadin

3. Le bruit des axes routiers s'assourdit

Variations par rapport à un jour moyen habituel du même type de l'indicateur Lden.

Source : Bruitparif

4. Le bruit nocturne s'estompe aussi dans les quartiers parisiens


Source : BruitParif

5. Pour le mois de mars, une forte baisse de la vente au détail est attendue

Les données socio-économiques étant plus longues à collecter, il s’agit ici de prospectives et non d’une photographie sur les dernières semaines.

Source : Insee

6. Au contraire des autres secteurs, la consommation alimentaire est attendue en net rebond

Les données socio-économiques étant plus longues à collecter, il s’agit ici de prospectives et non d’une photographie sur les dernières semaines.

Source : Insee

7. Les créations d'entreprises s'effondrent


Source : Infogreffe

8. Pour le mois de mars, les attentes sur l'emploi accusent une chute importante

Les données socio-économiques étant plus longues à collecter, il s’agit ici de prospectives et non d’une photographie sur les dernières semaines.

Source : Insee

9. Electricité : un effacement du pic de consommation du matin


Source : RTE France

10. Bourse de Paris : le CAC 40 en décapilotade


Source : Boursorama

11. Une heure de plus devant la télévision en moyenne

Jusqu'à 5 heures et 15 minutes de temps d'écoute le dimanche 22 mars.

Source : Médiamétrie

12. Les audiences des journaux télévisés de TF1 et France 2 ont explosé


Source : Médiamétrie

Avec la progression de la pandémie due au coronavirus et les restrictions de déplacement, le trafic aérien s’est écroulé. Selon la plate-forme Flightradar24.com, qui se base sur les signaux émis par chaque avion doté d'un « transpondeur ADS-B » pour suivre la plupart des vols et sur les bases de données des aéroports, le nombre d’avions décollant chaque jour des pistes des dix aéroports français les plus fréquentés oscillait autour de 1 500 début mars. Il est de moins de 100 vols aujourd'hui.

Et l’activité aérienne devrait encore se réduire : l’activité de Beauvais est suspendue depuis jeudi 25 mars, celle d’Orly a quant à elle été transférée à Roissy le 31 mars.

Depuis la mise en place du confinement, le nombre cumulé de kilomètres d'embouteillages dus à l'ensemble des usagers des autoroutes non concédées, des routes nationales franciliennes et du boulevard périphérique parisien avoisine le zéro, comme la nuit ou pendant certaines périodes de vacances. Le 16 mars, une journée avant la mise en place effective du confinement de tous les Français, on observe une augmentation ponctuelle des bouchons, qui pourrait correspondre à un phénomène d’exode d’habitants franciliens, notamment vers leurs maisons secondaires.

D'après une étude réalisée par la direction des routes d'Île-de-France sur la journée du mercredi 18 mars et basée sur 6000 capteurs placés sous les chaussées du réseau routier, le volume global de trafic a baissé de -50% à -75% selon les axes par rapport à un mercredi habituel.

Moins de circulation automobile, c'est aussi moins de pollution sonore. L’association francilienne Bruitparif a constaté une nette diminution de l’indicateur Lden, qui représente le niveau de bruit moyen pondéré au cours de la journée, le long des axes routiers. Ce graphique montre sa variation par rapport à un jour moyen habituel du même type, en décibels A, notés dB(A).

Le lendemain du confinement, le mercredi 18 mars, le niveau de bruit moyen a ainsi diminué de près de 5 dB(A) le long du périphérique parisien, par rapport à la situation habituelle. « La nuit, les diminutions peuvent même atteindre 9 dB(A) aux abords de certaines voies dans Paris intra-muros, ce qui représente un niveau sonore réduit de près de 90 % », note Bruitparif.

A Paris, les quartiers festifs sont eux aussi beaucoup plus calmes. Exprimé ici grâce à l’indicateur LAeq sur le créneau compris entre 22 heures et 2 heures du matin, le niveau sonore moyen est ainsi passé de 70,2 dB(A) le samedi 14 mars à 49,7 dB(A) le samedi 21 mars dans le quartier parisien très animé des Halles.

Comme dans le reste de la France, bars, restaurants et autres « lieux recevant du public non indispensables à la vie du pays » y ont fermé leurs portes le samedi 14 mars, à minuit. Quelques heures auparavant, le premier ministre, Edouard Philippe, estimait dans une allocution solennelle que « la meilleure façon de freiner l’épidémie [était] la distanciation sociale ».

Autre conséquence de ce ralentissement de l'activité dû au confinement, les prévisions de consommation marquent le pas. En mars, les chefs d'entreprise sondés par l'Insee dans son enquête sur le « climat des affaires » sont très pessimistes sur le commerce de détail.

Ce sondage mensuel, destiné à mesurer le moral des chefs d’entreprise et anticiper l’évolution de l’activité économique, montre que la consommation des ménages serait inférieure de 35 % à sa « normale ». Une telle baisse n'avait plus été observée depuis la crise de 2008-2009, où elle s'était toutefois étendue pendant plusieurs mois.

Concernant les ventes de produits alimentaires, la confiance augmente au contraire fortement (+ 32 points en un mois).

L’institut Nielsen a d’ailleurs signalé qu’il s’est vendu cinq fois plus de pâtes que d’habitude le 13 mars par rapport au vendredi précédent et 3,5 fois plus de papier toilette.

Dès le début des mesures de confinement, le nombre d’entreprises créées a connu une très forte décrue.

Entre le 20 février et le 15 mars, 764 entreprises étaient créées en moyenne. Mais après l’annonce présidentielle, dans la soirée du 16 mars, cette moyenne a chuté de près de deux tiers, un signe supplémentaire du brutal ralentissement économique de la France.

Par ricochet, les anticipations concernant l'emploi sont en forte baisse. En mars 2020, le climat de l’emploi, mesuré par l'Insee auprès des chefs d'entreprise, perd neuf points, sa plus forte chute depuis le début de la série, en 1991.

La précédente plus forte baisse datait de novembre 2008, avec un recul de huit points, en répercussion de la crise des subprimes, ces produits financiers indexés sur les crédits immobiliers à risque américains.

L’arrêt de nombreuses activités et le confinement se traduisent aussi par une nette modification de la courbe de consommation d'électricité, qui a vu le pic entre 8 et 9 heures du matin s'estomper et la consommation s’étaler pendant la journée. Selon Réseau de transport d'électricité, la courbe actuelle ressemble ainsi à une semaine d’août.

Avec la mise à l'arrêt de nombreux secteurs de l'économie, la consommation d’énergie a beaucoup baissé en l’espace de quelques jours, environ 20 % de moins par rapport à un mois de mars comparable météorologiquement.

Dernière conséquence de cette France à l'arrêt, la Bourse de Paris a essuyé des pertes impressionnantes depuis le début de la crise sanitaire du coronavirus. Le 12 mars, le CAC 40, l'indice qui réunit les 40 plus grandes entreprises françaises, a vécu la pire journée de son histoire en subissant une chute de près de 12 %.

Cette dégringolade a été provoquée par l’annonce de nombreux nouveaux cas en Italie et d’une aide de la Banque centrale européenne jugée trop faible par les investisseurs. A titre de comparaison, l’indice parisien avait perdu 7,3 %, en clôture, le jour des attentats du 11-Septembre 2001, et 7,7 % le 10 octobre 2008, en pleine crise des subprimes.

A la télévision, la France à l'arrêt fait au contraire monter tous les indicateurs en flèche, à commencer par le temps passé devant le petit écran. Selon Médiamétrie, les téléspectateurs y consacrent une heure de plus en moyenne chaque jour, avec un record dimanche 22 mars, avec cinq heures et quinze minutes passées la télécommande en main.

Les audiences des journaux télévisées de TF1 et France 2 affolent les compteurs. En particulier le soir du 16 mars, avec plus de 20 millions de Français postés devant l'une des deux principales chaînes pour écouter l'annonce du confinement par Emmanuel Macron.

Modification du 2 avril 2020 à 14 heures : des précisions relatives au graphique 2 ont été apportées, le trafic n’étant pas devenu quasi-inexistant en Ile-de-France mais ayant beaucoup diminué.

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