L’amnésie de Christian Estrosi sur sa petite phrase après l’attentat contre « Charlie Hebdo »

Interpellé sur ses propos de 2015 sur les frères Kouachi qui « n’auraient pas passé trois carrefours » à Nice, le candidat à sa réélection aux municipales 2020 a éludé.

Par Publié le 18 février 2020 à 16h03 - Mis à jour le 06 mars 2020 à 11h10

Temps de Lecture 2 min.

Le costume du sortant n’est pas toujours le plus simple à endosser lors d’une campagne électorale. Le maire de Nice, Christian Estrosi, candidat à sa propre succession, en a fait l’expérience lors d’un débat entre candidats aux municipales 2020, lundi 17 février. L’ancien ministre y a été interpellé à de nombreuses reprises par ses rivaux sur son bilan et sur ses prises de position passées.

L’une de ces critiques portait sur des propos qu’avait tenus Christian Estrosi en janvier 2015, après l’attentat contre Charlie Hebdo. Une séquence qui a visiblement agacé l’intéressé. Mais contrairement à ce que l’élu a laissé entendre, il a effectivement tenu le discours qui lui est reproché aujourd’hui.

Ce qu’il a dit

L’échange a eu lieu lors d’un débat organisé par Nice-Matin en présence de huit candidats. L’ancien gendarme Benoît Kandel, du Centre national des indépendants et paysans (un petit parti de droite), a profité d’une question sur la sécurité dans la ville pour critiquer Christian Estrosi. Evoquant les nombreuses caméras de vidéosurveillance déployées dans la ville, un outil « très performant », il a appelé son rival à faire preuve de « modestie » :

« Il faut éviter d’aller donner des leçons aux autres. Je me souviens d’une phrase terrible que M. Estrosi a prononcée en janvier 2015 après un terrible attentat à Paris. Il a dit aux Parisiens : “Si vous aviez eu le même système de caméras que nous avons à Nice, les frères Kouachi n’auraient pas franchi trois carrefours.” Ça, c’est des phrases terribles, car on croit, grâce à la technologie, avoir réglé le problème. »

Invité à prendre la parole après Benoît Kandel, Christian Estrosi a dénoncé les « fake news » de ses rivaux. Sur la vidéosurveillance, le maire sortant a affirmé que « la réalité des caméras, c’est qu’on dit que c’est là pour empêcher, [mais] ce n’est pas là pour empêcher. C’est là pour élucider. » Selon lui, les caméras déployées à Nice permettent aux forces de l’ordre de procéder à « plus d’interpellations ».

AMNÉSIE

Christian Estrosi a multiplié les interventions médiatiques après les attentats de janvier 2015. Et le 19 janvier de cette année-là, il réunissait un conseil municipal exceptionnel à Nice sur la sécurité. L’occasion pour le maire de louer le dispositif de vidéosurveillance dans sa ville (la vidéo est en ligne ici) :

« [A Nice, il y a] 999 caméras, et une caméra pour 343 habitants. A Paris, il y en a une pour 1 532, et je suis à peu près convaincu que si Paris avait été équipée du même réseau que le nôtre, les frères Kouachi n’auraient pas passé trois carrefours sans être neutralisés et interpellés. »

L’élu niçois a donc bien tenu les propos évoqués par Benoît Kandel. Surtout, il a défendu à l’époque une position complètement inverse de celle qu’il développe aujourd’hui, selon laquelle les caméras de surveillance pourraient éviter des attentats, ou du moins y couper court en empêchant les terroristes de s’enfuir.

Ces propos lui ont été reprochés après l’attentat du 14 juillet 2016 à Nice, où le chauffeur d’un camion a volontairement percuté des centaines de passants sur la promenade des Anglais, faisant 86 morts. Mediapart a notamment révélé que le terroriste a pu effectuer onze repérages, dont trois à bord de son 19 tonnes sur place, avant de passer à l’acte. Preuve des limites de la vidéosurveillance. Contactée par Le Monde, la mairie de Nice a indiqué « ne pas vouloir entrer dans ce débat ».

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