Xavier Bettel : « Si des pays s’effondrent, cela tire tout le monde vers le bas »

Le premier ministre du Luxembourg défend le plan de relance en négociation au sein de l’UE et se démarque des réserves émises par les pays « frugaux », tout en plaidant pour conditionner les aides prévues au respect de l’Etat de droit et des objectifs climatiques.

Propos recueillis par et Publié le 29 juin 2020 à 11h00 - Mis à jour le 03 juillet 2020 à 12h23

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Le premier ministre luxembourgeois, Xavier Bettel, lors d’un sommet de l’Union européenne à Bruxelles, le 2 juillet 2019.

Après avoir succédé au conservateur Jean-Claude Juncker, Xavier Bettel, 47 ans, est premier ministre du Luxembourg depuis décembre 2013. Il est membre du Parti démocrate (libéral), allié au Parlement européen aux eurodéputés français élus sur les listes de La République en marche, la formation d’Emmanuel Macron. Le gouvernement de coalition avec les socialistes et les Verts qu’il dirige a été reconduit en 2019, après sa victoire aux législatives.

Comment expliquez-vous que votre pays, qui est situé entre la Belgique et la France, toutes deux sévèrement touchées, soit relativement épargné par le Covid-19 ?

Nous avons gagné la première manche, mais on ne sait pas si une deuxième va survenir. Ce qui s’est passé, c’est que nous avons commencé très tôt en observant les événements en Chine. En janvier, j’avais demandé à notre haut-commissaire à la protection nationale, qui est un haut fonctionnaire chargé de la coordination pour les plans d’évacuation, les inondations et les pandémies, de réfléchir à un programme d’action. L’anticipation était importante, mais il a fallu prendre aussi des mesures directes. On a tout fermé mi-mars, les écoles tout de suite, les chantiers. Nous n’avions pas tellement de masques. On en a commandé, puis distribué à tout le monde. Cinquante par personne pour ceux qui habitent au Luxembourg et pour les frontaliers, qui travaillent ici et font partie de notre pays.

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Après avoir réagi en ordre dispersé, dans l’urgence, les Vingt-Sept négocient un plan de relance inédit de 750 milliards d’euros, financé par une dette commune. Comment expliquez-vous que l’Europe se soit ressaisie ?

Nous n’avons pas tous été frappés de la même manière par la crise. Pour certains pays, l’aide est indispensable, s’ils veulent pouvoir survivre. Moi, j’ai vécu la crise grecque. J’étais déjà membre du Conseil européen. Si, demain, deux ou trois pays ne s’en sortent plus, les autres ne vont pas aller mieux. Nous avons une monnaie commune. Nous avons un projet commun. Si des pays s’effondrent, cela tire tout le monde vers le bas.

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La solidarité doit donc être le mot d’ordre. Pour certains, cependant, elle ne doit pas être interprétée comme une manière de financer toutes les choses qui auraient dû être faites ces vingt dernières années par les pays eux-mêmes, comme les réformes structurelles. Ils disent : « On ne va pas financer maintenant, avec nos impôts, des choses que vous auriez dû faire depuis longtemps. »

Vous parlez des pays « frugaux » (Pays-Bas, Suède, Danemark et Autriche) ?

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