Au Brésil, le calvaire des femmes qui veulent avorter en pleine pandémie

Si l’accès à une IVG est compliqué dans un pays qui l’interdit dans la plupart des cas, le Covid-19 a rendu la pratique de l’avortement quasi impossible.

Par Publié le 29 juin 2020 à 12h05 - Mis à jour le 29 juin 2020 à 20h33

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Le président brésilien, Jair Bolsonaro, brandit une représentation de Jésus-Christ lors d’un rassemblement d’anti-IVG devant le Planalto, le 18 avril à Brasilia.

Le 23 mars, en pleine pandémie, l’enfer s’ouvre sous les pieds de Maria. Droguée et violée par un homme rencontré sur Internet, la jeune femme se réveille chez elle, nauséeuse. « Avec ma tête prête à exploser, du sang partout sur mon lit et mes parties intimes douloureuses », confie-t-elle par écrit par l’intermédiaire de WhatsApp. Les jours passent, les vertiges aussi. « Mais mes menstruations, prévues pour début avril, ne sont pas arrivées. » Quelques semaines plus tard, Maria se résout à faire un test de grossesse. Positif.

Pour cette femme de 37 ans, habitante de l’Etat intérieur de Goias, un terrible parcours du combattant commence. Alors que le coronavirus déferle, le chaos règne, les hôpitaux sont désorganisés, les transports interrompus. Sans en parler à personne, Maria obtient par un ami des comprimés de misoprostol, un antigastrique qui provoque des contractions. « J’ai saigné un peu, mais ça n’a eu aucun effet », se souvient-elle. En désespoir de cause, ignorant la loi brésilienne qui permet d’avorter en cas de viol, Maria se tourne vers un « thé maison », à base de plantes tropicales. Diarrhées, vomissements. Mais toujours pas d’avortement.

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« Après ça, je ne savais pas quoi faire. J’ai cru que j’allais devenir folle, j’ai même pensé à me suicider », raconte Maria. Finalement, grâce à l’aide d’une ONG contactée en ligne, elle trouve, après quinze semaines de grossesse, la « lumière au bout du tunnel ». Fin juin, rendez-vous est pris dans un hôpital de Sao Paulo, à plus de 1 000 kilomètres, où l’avortement s’est déroulé avec succès. « Tout ça a été tellement dur… Pendant trois mois, ma vie, c’était pleurer », confie-t-elle, soulagée, jeudi 25 juin, en sortant de la clinique.

« De plus en plus d’appels à l’aide »

Maria est loin d’être la seule à avoir récemment vécu cet éprouvant calvaire. Au Brésil, l’épidémie due au coronavirus a rendu plus difficile encore la possibilité pour une femme de pratiquer une interruption volontaire de grossesse (IVG). Dans ce pays, l’avortement demeure illégal, puni de trois ans de prison, et n’est autorisé qu’en cas de viol, de danger pour la vie de la femme enceinte, ou lorsque le fœtus souffre d’anencéphalie, une malformation congénitale mortelle. En moyenne, 500 000 à 1 million de Brésiliennes avortent chaque année, dont seulement 1 600 de manière légale.

Depuis l’arrivée du Covid-19, le Brésil est devenu un cul-de-sac. Les vols vers l’étranger ont été largement suspendus et les frontières avec les autres pays de la région sont fermées. Impossible donc de partir pour la Colombie, où vont avorter les femmes qui en ont les moyens. Les autres, bien plus nombreuses, se tournent en temps normal vers les cliniques clandestines ou avortent seules chez elles, achetant sur le marché noir des médicaments souvent inefficaces ou dangereux : plus de 200 000 femmes sont hospitalisées chaque année à la suite de complications liées à une IVG. En moyenne, 200 y laissent la vie, selon le ministère de la santé.

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