Coronavirus : les Vingt-Sept invités à se prononcer sur l’ouverture des frontières extérieures de l’Union européenne

La présidence croate va soumettre au vote, ce lundi, une proposition visant à autoriser, le 1er juillet, l’arrivée des ressortissants de quatorze pays, mais pas les Américains, les Russes et les Turcs.

Par Publié le 28 juin 2020 à 21h01 - Mis à jour le 29 juin 2020 à 09h51

Temps de Lecture 3 min.

Réouverture partielle de l’aéroport d’Orly, dans le sud de Paris, le 24 juin.

Il aura fallu beaucoup de temps pour l’ébaucher, il en faudra, encore, pour qu’elle soit enfin approuvée : la liste des pays dont les ressortissants pourront, dès le mercredi 1er juillet, en principe, entrer sur le territoire de l’Union européenne, est décidément un casse-tête.

Vendredi soir, le Comité des représentants permanents (Coreper), qui réunit les ambassadeurs des pays membres de l’Union européenne (UE), est parvenu, après de longues tractations, à trouver un accord sur une liste de quatorze pays. A savoir l’Australie, le Canada, la Corée du Sud, le Japon, la Nouvelle-Zélande, le Rwanda, la Thaïlande, l’Uruguay, les trois Etats du Maghreb (Algérie, Maroc, Tunisie), deux Etats des Balkans (Monténégro, Serbie) et la Géorgie. Le Royaume-Uni est encore traité comme un Etat membre durant la période de transition, avant le Brexit.

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La liste aurait dû être adoptée durant le week-end. Elle ne l’a pas été, certaines capitales ayant réclamé un délai supplémentaire avant de se prononcer. Finalement, la Croatie, qui exerce la présidence tournante de l’Union jusqu’à mercredi, devait lancer, lundi 29 juin avant midi, une « procédure écrite », invitant − dans un délai court − les capitales à indiquer si elles approuvent la proposition du Coreper, la rejettent, ou s’abstiennent. Le texte doit recueillir une majorité qualifiée (55 % des Etats représentant au moins 65 % de la population européenne). Une minorité de blocage peut-être obtenue avec quatre Etats, regroupant 35 % de la population.

Un « engagement fort »

Interrogée dimanche, la présidence croate indiquait qu’a priori, aucun problème de fond ne se posait. La liste des pays retenus devrait donc, sauf surprise, être approuvée. Et aucun débat ne devrait être rouvert à propos, par exemple, de l’exclusion des Etats-Unis, de la Russie, d’Israël, de la Turquie ou de l’Arabie saoudite. La situation de la pandémie de Covid-19 y a été jugée plus grave qu’en Europe. La Chine fait figure d’exception : les voyageurs chinois pourraient entrer en Europe, mais à condition que leur pays respecte le principe de réciprocité en autorisant les voyages des Européens en Chine. Ce n’est pas le cas à ce stade, et c’est jugé improbable à court terme.

Ces décisions auront-elles des conséquences politiques ? Si certaines pressions ont clairement été exercées et si des pays membres avaient d’évidentes difficultés à imaginer le bannissement de certaines nationalités – pour des raisons économiques, stratégiques, voire touristiques –, un « engagement fort » a finalement prévalu, affirme une source diplomatique.

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La liste − qui pourra être révisée toutes les deux semaines − n’est, il faut le noter, pas totalement contraignante, la gestion des frontières restant une compétence nationale. Les pays membres pourraient donc ne pas s’ouvrir à la totalité des quatorze nationalités retenues, mais ils s’engagent, en revanche, à ne pas accepter les ressortissants d’autres Etats.

La série de critères retenus pour accorder, ou non, un doit d’entrée dans l’UE a également fait l’objet d’un accord vendredi. Les Vingt-Sept ont privilégié une prudente approche sanitaire en prenant en compte la situation épidémiologique dans les pays : l’incidence de nouvelles contaminations, la capacité de tests, les règles de prévention en vigueur, etc.

Aucun pays « ciblé »

En retenant la notion de nouvelles infections au cours des quatorze derniers jours, les Européens excluaient de fait le Brésil, la Russie et les Etats-Unis, des pays où cette moyenne est actuellement beaucoup plus élevée que dans les pays de l’UE (16 par 100 000 habitants). Le principe a été admis à Washington, où le secrétaire d’Etat, Mike Pompeo, déclarait, jeudi, que son pays ne voulait « assurément pas causer des problèmes ailleurs ». Il promettait aussi un travail en commun avec les Européens dans les prochaines semaines, « pour bien faire les choses ». Tout en espérant, ajoutait-il, que leurs décisions seraient bien « fondées sur la santé, sur la science ».

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La semi-ouverture de l’UE à l’égard de la Chine amènera-t-elle les Etats-Unis à durcir le ton ? « Je n’y vois aucune raison », disait, vendredi soir, un haut responsable des institutions à Bruxelles. Il se référait, notamment, aux commentaires d’Anthony Fauci, l’expert des maladies infectieuses qui conseille le gouvernement américain et qui déclarait cette semaine, devant le Congrès, qu’il observait une « hausse inquiétante » du nombre de contaminations dans son pays.

Bruxelles avait, en tout cas, insisté au cours des derniers jours sur le fait qu’aucun pays ne serait « ciblé », ou, au contraire, favorisé – pour des raisons liées à l’activité touristique, par exemple. La Commission avait souligné, dès le 11 juin, la nécessité d’établir des « critères objectifs ». Si la France et la Grèce réclamaient une décision rapide, d’autres (le Danemark, le Portugal, la Suède, la Belgique) jugeaient envisageable de repousser la date du 1er juillet.

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