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Dallas à Damas, le clan Assad se déchire

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Publié le 26 juin 2020 à 13h23 - Mis à jour le 28 juin 2020 à 06h09

« Menhebak », (« Nous t’aimons »). Ce slogan ingénu, imprimé sur de gigantesques portraits de Bachar Al-Assad, recouvre les murs de Damas. Nous sommes en mai 2007, à quelques semaines du référendum qui va accorder un deuxième mandat au président syrien avec un score de satrape africain (97,6 %). La campagne conçue en vue de cette échéance veut donner l’impression que le pays tout entier est tombé sous le charme de ce quadragénaire (il est né en 1965) à l’allure moderne et flegmatique. Son père, Hafez Al-Assad, commandeur sec et impénétrable, régnait par la peur. Le fils, lui, veut se faire aimer.

La campagne est l’œuvre du cousin maternel de Bachar Al-Assad, l’entrepreneur Rami Makhlouf, de quatre ans son cadet, considéré comme l’homme le plus riche de Syrie. Quelques mois plus tôt, le navire amiral de son groupe, la compagnie de téléphonie mobile Syriatel, avait déroulé sur les panneaux publicitaires de la capitale une formule du même acabit, pleine de candeur, qui aurait pu tout aussi bien servir de devise au chef de l’Etat : « Daïman Maek ! » (« Toujours avec toi ! »).

La famille Assad, en 1985. Hafez Al-Assad et sa femme, Anissa Makhlouf. De gauche à droite, leurs enfants : Maher, Bachar, Bassel, Madjid et Bouchra.

Une alliance bien huilée

Pour le régime, c’était la belle époque. Le duo Bachar-Rami, amis d’enfance, phagocytait l’espace public. La politique est dévolue au premier, les affaires au second. Aucune ombre ne semblait planer sur cette alliance bien huilée, ciment du nouveau régime, plus libéral économiquement, incarné par Assad junior. La protection du président permettait au milliardaire d’accaparer les marchés les plus juteux. En échange, ce dernier reversait une partie de ses bénéfices dans les caisses du gouvernement et dans la tirelire du couple présidentiel, Bachar et l’élégante Asma.

Treize ans plus tard, il n’est plus du tout question d’amour. Les deux inséparables sont à couteaux tirés. Le gouvernement, ruiné par neuf années de guerre civile et étranglé par les sanctions internationales, a fait main basse sur Syriatel, en arguant d’impôts impayés. Les avoirs de Rami Makhlouf ont été gelés, certains de ses employés arrêtés, et ses gros bras désarmés. Le grand argentier du système, âgé de 50 ans, est mis sur la touche.

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Mais dans une série de vidéos postées au printemps sur sa page Facebook, le banni a contre-attaqué. Il a contesté les accusations de fraude fiscale portées contre lui et dénoncé l’arbitraire des services de sécurité – des doléances cocasses dans la bouche de cet homme qui a financé la répression de la révolution de 2011 dans le pays. Le cousin Rami s’est même présenté en bienfaiteur de la communauté alaouite, un défi implicite au président, membre comme lui de cette minorité religieuse, issue du chiisme, qui forme le socle du régime.

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