Manifestations contre les violences policières : des rassemblements attendus aux Etats-Unis et dans le monde

Des milliers de manifestants convergeaient samedi vers le centre de Washington pour protester contre le racisme et les brutalités policières lors d’une journée marquée par une nouvelle cérémonie à la mémoire de George Floyd.

Le Monde avec AFP Publié le 06 juin 2020 à 05h54 - Mis à jour le 06 juin 2020 à 20h29

Temps de Lecture 7 min.

Un manifestant brandit une photographie de Breonna Taylor, tuée à son domicile le 13 mars par la police, lors d’un rassemblement à Brooklyn (New York), vendredi 5 juin.

Les Etats-Unis s’attendent à des rassemblements massifs contre les inégalités raciales et les brutalités policières, samedi 6 juin, lors d’une journée qui sera également marquée par une nouvelle cérémonie à la mémoire de George Floyd à Raeford, dans son Etat natal de Caroline du Nord. Les marches vont désormais au-delà de ce seul cas, pour dénoncer un racisme systémique et réclamer un véritable changement.

Des rassemblements importants s’annoncent dans de nombreuses villes américaines. Mais les Etats-Unis ne sont pas le seul pays à se mobiliser et des rassemblements sont attendus aujourd’hui dans le reste du monde.

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  • Mobilisation massive attendue à Washington

« Retirez votre genou de notre cou ! » Des milliers de manifestants convergeaient, samedi, vers le centre de la capitale fédérale Washington (District de Columbia). Sous un soleil de plomb, la foule commençait à se masser dans les rues menant à la Maison Blanche, mais aussi aux abords du mémorial de Lincoln.

Des manifestants se rassemblent près de la Maison Blanche lors d’une manifestation pacifique contre la brutalité policière et la mort de George Floyd, le 6 juin à Washington, DC.

C’est devant cet imposant monument que le pasteur d’Atlanta (Géorgie) Martin Luther King avait, le 28 août 1963, face à près de 250 000 personnes, lancé « I have a dream » dans un discours devenu une référence de la lutte des droits civiques.

Plus d’une dizaine de collectifs, nombre d’entre eux formés spontanément sur les réseaux sociaux après la mort de George Floyd, dont la mort a ravivé les plaies raciales du pays, ont appelé à envahir les rues de Washington. Des dizaines de milliers de personnes sont attendues au cours de la journée, qui devrait être la plus grosse mobilisation depuis le début du mouvement dans la capitale, il y a neuf jours.

Les manifestants se rassemblaient aussi dans de nombreuses villes des Etats-Unis, notamment à New York (New York), Philadelphie (Pennsylvanie), ou Minneapolis (Minnesota), où George Floyd est mort et où ont débuté les émeutes.

  • Des policiers suspendus et limogés

La polémique augmente face à la répression des manifestations par les forces de l’ordre. Plusieurs vidéos montrant des interventions policières violentes face à des manifestants pacifiques ont émergé au cours de ces derniers jours.

La dernière en date, diffusée jeudi soir, montre un manifestant, poussé par deux policiers, qui heurte violemment le sol, alors qu’il est seul face à des dizaines d’entre eux dans la ville de Buffalo, dans l’Etat de New York. Un premier communiqué officiel affirmait que le manifestant de 75 ans, qui saignait abondamment et semblait avoir perdu connaissance, avait « trébuché et chuté ».

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Face à l’indignation suscitée, les deux policiers impliqués ont été suspendus. Le gouverneur de l’Etat de New York, Andrew Cuomo, a demandé qu’ils soient limogés, et le procureur local a ouvert une enquête. A New York même, le maire, Bill de Blasio, hué jeudi lors d’une cérémonie en hommage à George Floyd à Brooklyn pour n’avoir pas condamné les brutalités policières contre des manifestants non violents, a promis d’enquêter sur les faits signalés et indiqué que des mesures disciplinaires suivraient. Deux agents ont été suspendus, a annoncé vendredi le chef de la police de la ville, Dermot Shea, évoquant « des incidents troublants ». L’un est vu dans une vidéo poussant une femme à terre, l’autre retirant le masque d’un manifestant et utilisant du gaz poivre contre lui.

A l’autre bout du pays, dans l’Etat de Washington, la maire de Tacoma a demandé le limogeage de policiers impliqués dans la mort d’un homme noir le 3 mars, après la diffusion d’une nouvelle vidéo semblant les montrer en train de s’acharner sur l’homme, plaqué au sol au bord de la route. A Indianapolis, dans le Midwest, la police enquêtait à cause d’une autre vidéo, montrant des policiers sortant matraques et gaz poivre lors de l’arrestation d’une manifestante, dimanche.

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  • La répression policière encadrée dans certains Etats

En prévision des nouvelles manifestations, le chef de la police de Seattle a annoncé l’interdiction du recours au gaz lacrymogène pendant trente jours.

La police de Minneapolis a aussi annoncé qu’elle interdisait dorénavant les « prises d’étranglement », technique dangereuse notamment utilisée en 2014 à New York sur Eric Garner, autre homme noir mort aux mains de la police, qui avait alors crié « Je ne peux pas respirer ! », les mêmes mots prononcés par George Floyd avant sa mort.

  • Australie, Japon, Corée du Sud, Europe : de multiples manifestations contre les violences policières

Des manifestants à Melbourne, samedi 6 juin.

Des milliers de personnes sont descendues samedi dans les rues des grandes villes d’Australie et d’Europe, s’ajoutant ainsi aux centaines d’autres qui se sont aussi rassemblées à Tokyo et à Séoul pour s’associer au mouvement de colère contre les discriminations raciales et les méthodes policières né aux Etats-Unis.

En Australie, des dizaines de milliers de personnes ont manifesté samedi à travers le pays pour dénoncer les inégalités raciales, bravant les consignes du gouvernement et la pandémie de Covid-19.

Des manifestants brandissaient des banderoles proclamant « Je ne peux plus respirer ». Les organisateurs des manifestations ont expliqué qu’ils souhaitaient aussi dénoncer le taux d’emprisonnement très élevé parmi les Aborigènes, et les morts – plus de 400 au cours de ces trente dernières années – de membres de cette communauté alors qu’ils étaient détenus par la police.

Beaucoup de manifestants arboraient des masques de protection et tentaient de respecter les distances sanitaires du mieux qu’ils pouvaient ; 10 000 personnes ont défilé pacifiquement, selon les estimations de la police. Des manifestations ont aussi lieu à Melbourne, Adélaïde et dans d’autres villes australiennes.

A Tokyo, les manifestants ont défilé non seulement pour soutenir le mouvement Black Lives Matter (« la vie des Noirs compte »), mais aussi pour dénoncer le traitement d’un Kurde affirmant avoir été brutalisé et plaqué au sol par la police lors de son arrestation. « Je veux montrer qu’il y a du racisme maintenant au Japon », a dit Wakaba, une lycéenne de 17 ans brandissant avec son amie Moe une pancarte portant l’inscription « Si vous n’êtes pas en colère, c’est que vous n’êtes pas attentifs ».

Plusieurs dizaines de Sud-Coréens et de résidents étrangers se sont rassemblés à Séoul. Certains portaient des masques noirs sur lesquels était inscrit en coréen « Je ne peux pas respirer ». D’autres ont participé à une « manifestation virale » en ligne, comme en Thaïlande.

« La Corée du Sud est en train de devenir une société multiculturelle, a dit l’organisateur, Shim Ji-hoon, à Reuters. J’ai donc proposé cette manifestation pour éveiller les consciences sur la discrimination raciale et permettre un monde de vivre-ensemble. »

A Londres, le visage recouvert d’un masque de protection pour certains, des centaines de manifestants se sont réunis devant le Parlement, brandissant des pancartes reprenant le slogan « Black Lives Matter ». « Le Royaume-Uni n’est pas innocent », ont dénoncé les manifestants, tambour battant. Ils étaient également nombreux à Manchester à défiler pour rappeler qu’« être noir n’est pas un crime » et « en finir avec le racisme », une autre « pandémie ». « Il est temps de réduire le racisme en cendres ! », a crié une manifestante dans un mégaphone.

A Tunis, environ 200 personnes ont réclamé « la justice » et de pouvoir « respirer » face au racisme, qui « étouffe ». « Ce fléau existe aussi en Tunisie », a déclaré une responsable de l’Association tunisienne de soutien des minorités, alors que des migrants de l’Afrique subsaharienne affirment souvent être victimes d’agressions verbales et physiques dans le pays.

A Liège aussi, dans l’est de la Belgique, 700 personnes ont bravé l’interdiction et participé à une marche contre le racisme, selon la police.

En Allemagne, les joueurs du Bayern Munich ont montré leur solidarité en s’échauffant samedi avec un t-shirt portant l’inscription « Carton rouge contre le racisme – BlackLiveMatters », avant le match de Bundesliga contre Leverkusen.

Des manifestations sont prévues durant le week-end en France, en Allemagne, en Grande-Bretagne, en Espagne, aux Pays-Bas, en Belgique et en Hongrie, avec souvent, comme à Paris, des mots d’ordre relatifs à des cas particuliers survenus dans chaque pays.

Inspiré par le tragique événement, le célèbre street-artiste Banksy a lui dévoilé sur Instagram une nouvelle œuvre, où l’on voit une bougie, placée à côté d’une photo d’une personne noire, enflammer un drapeau américain. « Les personnes de couleur sont abandonnées par le système. Le système blanc », déplore-t-il.

  • En Irak, les manifestations américaines réveillent des souvenirs

Théâtre à l’automne dernier d’une révolte inédite, l’Irak a depuis quelques jours les yeux rivés sur les manifestations qui agitent le pays qui l’a envahi il y a dix-sept ans. En arabe, sur Twitter, les hashtags « Nous voulons respirer » et « L’Amérique se révolte » ont rapidement envahi les écrans. Le premier se réfère aux derniers mots de George Floyd, le second est un détournement de « L’Irak se révolte », lancé peu avant le début de la « révolution d’octobre » durement réprimée.

Yassine Alaa, un jeune protestataire âgé de 20 ans, avait rejoint les manifestations sur l’emblématique place Tahrir, dans la capitale irakienne, dès le 1er octobre. Huit mois plus tard, il est toujours là, même si les tentes des protestataires sont pour la plupart vides.

Pour lui, les centaines de milliers d’Américains qui défilent pour dénoncer le racisme et réclamer justice pour George Floyd « sont courageux ». « Ils ont toutes les raisons d’être en colère, mais les émeutes ne sont pas la solution », selon Yassine, qui ne peut oublier la répression qui a fait 550 morts en Irak durant ces derniers mois – et autant de familles toujours en attente de justice.

« Ce que nous avons en commun avec les manifestants américains, c’est l’injustice que nous subissons tous », explique de son côté Haider Karim, 31 ans, qui appelle régulièrement les membres de sa famille émigrés aux Etats-Unis, pour discuter des derniers développements, et qui a lui-même participé à la « révolution d’octobre » réprimée dans le sang et désormais en sommeil.

Notre sélection d’articles sur la mort de George Floyd

Le Monde avec AFP

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