Les Etats-Unis ont créé 2,5 millions d’emplois en mai, la thèse d’un rebond rapide de l’économie confortée

Le taux de chômage est passé de 14,7 % à 13,3 %. « Les marchés avaient raison », se réjouit Donald Trump, alors que Wall Street parie depuis des semaines sur un scénario rose.

Par Publié le 05 juin 2020 à 16h11 - Mis à jour le 06 juin 2020 à 10h35

Temps de Lecture 4 min.

Des ouvriers du bâtiment protègent la façade d’un immeuble avant le passage de manifestants, à Washington, le 31 mai.

Les économistes s’attendaient à un nouveau record historique de chômage. Les chiffres de l’emploi aux Etats-Unis, publiés vendredi 5 juin par le département du travail, sont excellents et confortent la thèse d’un rebond rapide de l’économie.

Le taux de chômage est passé de 14,7 % à 13,3 % de la population active en mai tandis que le pays a créé 2,5 millions d’emplois. Depuis le début de l’épidémie de Covid-19, le bilan reste toutefois apocalyptique : le pays a détruit 19,6 millions d’emplois et a vu le taux de chômage bondir de 9,8 points.

Lire notre article du 9 mai : Le chômage atteint 14,7 % aux Etats-Unis, son plus haut niveau depuis les années 1930

Mais ce chiffre reflète les prémices de la réouverture économique du pays. Le nombre de personnes se déclarant au chômage provisoire – leur employeur leur a indiqué qu’il les réembaucherait à l’issue de la crise – a baissé de 2,7 millions pour retomber à 15,3 millions (après un bond de 16,2 millions en avril). En revanche, le nombre des licenciés définitifs s’est établi à 2,3 millions, en hausse de 295 000. La participation à l’emploi des Américains est remontée de 0,6 point à 60,8 % après une chute de 2,5 points en avril.

Dans la foulée de la publication de ces chiffres inattendus, Donald Trump s’est réjoui sur Twitter avant de convoquer une conférence de presse : « C’est un chiffre prodigieux. C’est joyeux, disons-le comme cela. Les marchés avaient raison. C’est étourdissant », a estimé le président des Etats-Unis, avant de parler du « plus grand come-back de l’histoire américaine ».

Wall Street, en effet, parie depuis des semaines sur un scénario optimiste, le Nasdaq, riche en valeurs technologiques, ayant même battu des records historiques. Vendredi, l’indice des grandes entreprises Standard & Poor’s 500 gagnait près de 2,6 %, tandis que l’indice Russell 2000, qui reflète les petites sociétés, bondissait de près de 3,8 %.

Des emplois dans la construction et les services médicaux

L’augmentation des emplois à temps partiel explique pour les deux cinquièmes la croissance de l’emploi. Les cafés-restaurants ont embauché 1,4 million de personnes après en avoir licencié 6,1 millions au début de la crise tandis que l’hôtellerie continue de décliner (1,1 million de postes perdus, en hausse de 148 000).

La réouverture et le beau temps ont permis au secteur de la construction de rattraper la moitié de ses pertes, avec près de 500 000 emplois créés, tandis que les services médicaux et dentaires, tous fermés pendant des semaines, ont recréé 312 000 emplois. Le commerce de détail rouvre, avec 312 000 postes créés pour 2,3 millions détruits en avril. Les usines redémarrent, et avec elles l’emploi dans l’industrie manufacturière (255 000 créés après 1,3 million détruits en avril). En revanche, les emplois publics, essentiellement dans les collectivités locales privées de recettes fiscales, continuent de baisser fortement, avec 585 000 suppressions d’emplois, qui aggravent les 963 000 d’avril.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Coronavirus : Donald Trump déterminé à rouvrir au plus vite les Etats-Unis

Le retour au travail d’une partie des employés et ouvriers a conduit à une baisse du salaire horaire, qui a reculé de 29 cents à 29,75 dollars (environ 26 euros), après un bond de 1,35 dollar, qui s’expliquait par le télétravail des cadres.

Les Afro-Américains, qui avaient été un peu moins frappés que les autres en avril, ne profitent pas de cette reprise – leur taux de chômage progresse de 16,8 % à 16,9 %. Celui des Blancs recule de 14,2 % à 12,4 %, tandis que les Latinos, qui profitent de la réouverture de la restauration et du BTP où ils travaillent de manière importante, voient leur taux de chômage baisser de 18,9 % à 17,6 %.

Des chiffres délicats à collecter

Cette nouvelle inattendue laisse perplexe les économistes et embarrasse les opposants à Donald Trump, qui ne veulent pas que le président puisse se prévaloir d’un rebond économique.

En temps de pandémie, les chiffres sont délicats à collecter. Paul Krugman, Prix Nobel d’économie (2008) et chroniqueur du New York Times, a insinué un doute sur une manipulation politique, sans l’étayer, avant de devoir s’excuser. « Vous pouvez exclure à 100 % que Trump ait influencé les chiffres. Pas 98 %, pas 99,9 %. 100 % », s’exaspère Jason Furman, ancien conseiller économique de Barack Obama et professeur à Harvard. Selon lui, les bons chiffres du chômage s’expliquent artificiellement par le système mis en place par le gouvernement qui a pris en charge le salaire des employés des PME, qu’ils travaillent ou non, à hauteur de 600 milliards de dollars. Il y ajoute le retrait de travailleurs du marché du travail pour estimer que le taux de chômage réel est en fait de 17,1 %.

Steven Rattner, ancien conseiller d’Obama qui prédisait la veille qu’un taux de chômage à 20 % ne serait pas le pic de la crise, avance que les personnes déclarées « absentes », en réalité frappées par la fermeture de l’économie due au Covid-19, n’ont pas été comptabilisées comme chômeurs et que le taux aurait dû être de 3 points plus élevé. C’est vrai, mais l’écart en avril était encore plus fort, de 5,8 points. On peut donc débattre du niveau, mais nul ne parvient à réfuter la décrue du chômage.

Pour l’avenir, la question est de savoir si les Etats-Unis vont rattraper l’essentiel de leur retard d’ici à la fin de l’année ou si des emplois sont perdus définitivement en raison des faillites ou des pertes de productivité dues aux exigences de prophylaxie tant qu’il n’existe pas de vaccin. Clairement, le trafic aérien est encore au fond du trou, même si de nouveaux vols sont programmés pour l’été, la tension est nette dans les restaurants, y compris dans les Etats républicains du Midwest censés être plus insouciants, et le retour à la normale semble encore improbable.

Ces chiffres devraient tempérer l’ardeur de la Réserve fédérale américaine (Fed, banque centrale), qui indiquait attendre de voir l’effet de ses politiques pour agir, mais aussi ralentir l’adoption d’un nouveau plan de relance par le Congrès. Le stimulus budgétaire américain a été massif, très supérieur à celui enregistré en Europe, au point que le revenu disponible des ménages américains a bondi en avril de 10,5 %. Le pire de la crise a marqué paradoxalement un record de prospérité, en raison des transferts financiers fédéraux qui vont s’éteindre d’ici à fin juillet.

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