Egypte : les médecins entre manque de moyens et répression

Alors que plus de 500 personnes ont été interpellées pour avoir critiqué la gestion de l’épidémie par le gouvernement, selon le Réseau arabe d’information sur les droits de l’homme, les médecins sont à leur tour la cible du régime.

Par Publié le 05 juin 2020 à 19h50 - Mis à jour le 08 juin 2020 à 08h02

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Les victimes du Covid-19 peuvent venir chercher leur traitement, gratuitement fourni par le ministère de la santé, au Caire (Egypte), le 3 juin.

Dans l’hôpital dévolu au traitement des victimes du Covid-19 d’une banlieue populaire du Caire où il travaille, Ahmed (le nom a été modifié) décrit une « situation horrible » pour le personnel médical. « Les médecins manquent de matériel de protection, il n’y a pas de tests de dépistage pour nous. Si l’on est contaminé, on n’a pas de place en quarantaine, on est renvoyé à la maison. On ne reçoit aucune prime pour le travail que l’on fait et l’on est vu comme un danger par le reste de la société », énumérait, mardi 2 juin, par téléphone, ce médecin, agacé en outre de voir l’Egypte faire des dons de masques à d’autres pays, comme les Etats-Unis.

Les coups de gueule de médecins égyptiens contre l’impréparation du système de santé face à l’épidémie de Covid-19 et les risques qu’ils encourent à l’hôpital se sont multipliés sur les réseaux sociaux depuis mai. Ils ont pris un ton alarmiste quand la courbe des contaminations et des décès, loin de s’aplanir, s’est emballée, à la fin du mois. Avec 1 126 morts et près de 30 000 cas de contamination au 5 juin, selon les chiffres officiels, le pays de 100 millions d’habitants reste encore relativement épargné, mais il enregistre désormais plus de mille contaminations et plusieurs dizaines de décès chaque jour. Les médecins ont payé un lourd tribut, avec au moins 32 morts, selon le syndicat des médecins, et plusieurs centaines de contaminés.

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Démission collective

Dès le début du mois de mai, le syndicat a alerté sur le risque de saturation des hôpitaux, réclamant un strict confinement de la population et une amélioration des conditions de travail du personnel soignant. Face à la multiplication des critiques, le régime du président, Abdel Fattah Al-Sissi, a durci le ton. Les médias aux ordres du pouvoir n’hésitent plus à dénigrer ceux qu’ils louaient encore, il y a quelques semaines, comme « l’armée blanche égyptienne ». Et, alors que plus de 500 personnes ont déjà été arrêtées pour avoir critiqué la gestion de l’épidémie par le gouvernement, selon le Réseau arabe d’information sur les droits de l’homme, les médecins sont à leur tour la cible de la répression.

« La sûreté nationale menace de nous arrêter si l’on parle dans les médias ou sur les réseaux sociaux, ou si l’on démissionne », s’insurge mardi Ahmed, citant le cas de deux confrères arrêtés pour s’être exprimés sur leur page Facebook. Jeudi, le jeune médecin a été arrêté à son tour. « Il est très difficile de dire combien de médecins ont été arrêtés », commente l’avocat Mohamed Issa, qui a eu connaissance d’une dizaine de cas au moins. Tous sont poursuivis pour diffusion de fausses informations et appartenance à un groupe terroriste, une accusation faisant référence à la confrérie des Frères musulmans qui est communément employée dans les procès politiques.

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