Le cinéaste chinois, la pneumoconiose et la censure

Jiang Nengjie, jeune réalisateur, s’est spécialisé dans les sujets tabous, un choix citoyen qui lui vaut les critiques des nationalistes et l’interdiction de diffuser ses films.

Par Publié le 28 mai 2020 à 00h33 - Mis à jour le 28 mai 2020 à 11h46

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Jiang Nengjie tient dans ses mains la photo des enfants du Hunan auxquels il a consacré un documentaire, chez lui à Canton, le 16 mai.

LETTRE DE PÉKIN

La supplique est venue à la fin de l’entretien : « S’il vous plaît, ne me présentez pas comme un opposant. Je ne fais pas de politique. Je ne suis pas contre le gouvernement. Je veux juste pouvoir m’exprimer librement et aider à résoudre des problèmes qui se posent à la société. Or, c’est à travers des films que je le fais. »

En recevant Le Monde chez lui, Jiang Nengjie sait qu’il prend un risque. Ce cinéaste a refusé un entretien avec la BBC. Nous lui sommes donc reconnaissants. Pourtant, ce jeune homme commence par s’excuser. Pour aller chez lui, il faut grimper au neuvième étage d’un modeste immeuble sans ascenseur du centre de Canton la tropicale. « Désolé, mais plus c’est haut, moins c’est cher » : il habite donc à l’avant-dernier étage.

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A 34 ans, ce cinéaste compte pourtant déjà une fiction et une dizaine de documentaires à son actif. Notamment trois films sur les enfants du Hunan qui, comme lui vingt ans plus tôt, ont vu leurs parents quitter cette région pauvre pour aller gagner leur vie à Shenzhen ou à Canton et ont été élevés par leurs grands-parents. Aujourd’hui encore, il les aide en leur apportant des livres ou en les initiant à la photographie. On doit également à Jiang Nengjie trois documentaires sur un sujet tabou : les anciens soldats nationalistes qui se sont battus contre les Japonais.

Tournage illégal

Son dernier film dénonce un autre drame : la pneumoconiose dont souffrent les mineurs du Hunan. Les Mineurs, le palefrenier et la pneumoconiose est « sorti » fin mars. Les guillemets s’imposent. Car Jiang Nengjie n’ayant pas voulu demander l’imprimatur de la censure, le film ne peut être distribué, ni en Chine ni à l’étranger.

Pour contourner l’obstacle, le cinéaste a, dès 2019, diffusé en ligne l’affiche et le résumé du film. Aux 70 000 personnes ayant « liké » l’information, il a envoyé fin mars un lien leur permettant de le visionner. Plus de 20 000 l’ont regardé et laissé un commentaire. Le bruit sur les réseaux sociaux fut d’autant plus grand qu’à la fin du film apparaît un appel aux dons illégal. Depuis début mai, ses interventions sur Douban, une plate-forme d’échanges sur les sujets culturels, sont partiellement censurées. Et si son film est visible sur YouTube, c’est à un inconnu qu’on le doit. Pas à Jiang Nengjie, qui n’a pas voulu provoquer les autorités.

Dès 2019, ce cinéaste citoyen avait une petite idée de ce qui l’attendait. En juin, des inspecteurs des services culturels sont en effet venus lui signifier que même le tournage du film était illégal puisqu’il n’avait pas demandé l’autorisation préalable.

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