En Afghanistan, les talibans décrètent un cessez-le-feu de trois jours pour la fin du ramadan

Après avoir accepté l’offre des talibans – le premier à leur initiative –, le président Ashraf Ghani s’est engagé à accélérer la libération de leurs prisonniers.

Le Monde avec AFP Publié le 23 mai 2020 à 22h38 - Mis à jour le 24 mai 2020 à 09h55

Temps de Lecture 3 min.

A Kaboul, le 19 mai.
A Kaboul, le 19 mai. STR / AFP

Le président afghan, Ashraf Ghani, s’est engagé dimanche 24 mai à accélérer la libération de prisonniers talibans après avoir accepté l’offre des insurgés d’un cessez-le-feu de trois jours à l’occasion de l’Aïd-el-Fitr, la fête marquant la fin du ramadan qui débute ce jour.

« En tant que gouvernement responsable, nous faisons un pas de plus en avant, j’annonce que je vais accélérer les libérations de prisonniers talibans », a déclaré M. Ghani lors de son adresse à la nation à l’occasion des fêtes de l’Aïd. Le président a aussi demandé aux talibans de continuer la libération de membres des forces de sécurité afghanes qu’ils détiennent.

L’accord américano-taliban du 29 février prévoit un retrait des forces étrangères d’Afghanistan sous quatorze mois à condition que les insurgés respectent quelques engagements sécuritaires.

Comprendre : En Afghanistan, les Américains veulent sauver leur accord avec les talibans

Le texte inclut aussi :

  • un vaste échange de prisonniers – jusqu’à 5 000 talibans contre 1 000 membres des forces afghanes – qui devait être achevé le 10 mars, mais a été émaillé d’obstacles. Kaboul a déjà relâché environ 1 000 captifs alors que les insurgés en ont libéré environ 300 ;
  • l’ouverture de négociations « interafghanes » sur le futur du pays. « Maintenant, nous voulons avoir des discussions directes avec les talibans dès que possible afin de stopper le massacre d’Afghans et nous sommes absolument prêts pour ces négociations », a ajouté M. Ghani dimanche.

Cessez-le-feu de trois jours pour l’Aïd

Les talibans, qui multiplient depuis des semaines les assauts meurtriers contre les forces afghanes, ont d’abord surpris en décrétant unilatéralement un arrêt des combats pour que leurs concitoyens « puissent célébrer dans la paix et le confort » les fêtes de l’Aïd, selon un communiqué transmis par un de leurs porte-parole.

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La direction des insurgés ordonne à ses combattants de « prendre des mesures spéciales pour la sécurité de leurs compatriotes, et de ne pas lancer d’opérations offensives contre l’ennemi ». Mais ceux-ci pourront se défendre s’ils sont attaqués, poursuit ce texte. C’est la première fois que les talibans appellent d’eux-mêmes à poser les armes depuis qu’une coalition internationale menée par les Etats-Unis les a chassés du pouvoir fin 2001.

M. Ghani avait de son côté proposé fin avril un cessez-le-feu à l’occasion du ramadan, une proposition balayée par les talibans, qui l’avaient qualifiée de « pas rationnelle ni convaincante ». Le chef de l’Etat afghan, qui multiplie depuis des années les requêtes du genre, était parvenu à un arrêt des combats de trois jours en juin 2018 à l’occasion de l’Aïd-el-Fitr. De surprenantes scènes de fraternisation entre combattants talibans et membres des forces de sécurité afghanes, s’étreignant et se prenant en photo, étaient alors survenues.

Plus de 3 800 attaques depuis mars

Les talibans ont également respecté une trêve partielle de neuf jours du 22 février au 2 mars à l’occasion de la signature de l’accord de Doha avec les Américains, qui prévoit un retrait des troupes étrangères d’Afghanistan d’ici à l’été 2021 en échange de contreparties sécuritaires.

Mais ils ont ensuite intensifié leurs assauts contre les forces de sécurité afghanes, menant plus de 3 800 attaques depuis mars, qui ont tué 420 civils et blessé 906 autres, selon les autorités afghanes.

La Mission d’assistance des Nations unies en Afghanistan (Manua), dans un rapport paru mardi, a de son côté recensé 208 civils tués en avril par les rebelles, un chiffre en hausse de 25 % par rapport à avril 2019. Les pertes civiles infligées par les forces de sécurité à la population ont de leur côté augmenté de 38 % sur un an, avec 172 morts en avril, selon la Manua.

Malgré cette forte recrudescence des violences, le leader des talibans, Haibatullah Akhundzada, avait affirmé mercredi dans un rare message écrit que son mouvement était « engagé dans l’accord signé avec l’Amérique ».

L’émissaire des Etats-Unis, Zalmay Khalilzad, se trouvait alors à Doha, au Qatar, pour rencontrer les talibans. Le négociateur américain, tout en saluant une série de trois entretiens « constructifs » avec son homologue au sein des talibans, le mollah Abdul Ghani Baradar, avait émis un rappel à l’ordre. « J’ai dit aux talibans que la violence par tous les acteurs devait diminuer », avait-il tweeté.

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Le Monde avec AFP

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