Les frontières, faux remède face au coronavirus

Il suffit d’une seule personne pour contaminer un pays, aussi le blocage des frontières semble-t-il complètement illusoire, et inutile, pour enrayer la pandémie.

Par Publié le 10 avril 2020 à 10h36 - Mis à jour le 10 avril 2020 à 17h00

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Une résidente de la ville chinoise de Wuhan, sur le point de sortir de la ville, déconfinée le 8 avril.
Une résidente de la ville chinoise de Wuhan, sur le point de sortir de la ville, déconfinée le 8 avril. Ng Han Guan / AP

La prise de conscience d’un destin partagé par toute l’humanité et, simultanément, un monde hérissé de nouvelles barrières : universalisme et protectionnisme. En même temps que la maladie, le Covid-19 propage deux valeurs contradictoires. L’une traduit une réalité que nous avons longtemps refusé de regarder en face : aucun pays, aucun point du globe n’est épargné par un virus qu’une simple conversation peut suffire à transmettre. L’autre procède d’un réflexe d’apparence logique : entraver la circulation des humains pour empêcher la propagation de la pandémie.

Du Mexique à la Chine et de l’Italie à l’Iran, pas une zone du monde n’est épargnée. Jamais dans l’histoire moderne la planète ne s’est donné le mot si brutalement pour ériger, rétablir ou renforcer les frontières entre Etats, bloquant les migrations habituelles ou entravant le retour au pays de migrants ayant perdu leur gagne-pain du fait du confinement. C’est le cas de milliers de Népalais bloqués en Inde depuis que Katmandou a cadenassé ses frontières. Ou des 115 000 Afghans immigrés en Iran fuyant la flambée de l’épidémie dans ce pays.

En Amérique centrale, la fermeture des frontières pour cause de Covid-19 bloque la route des migrants vers les Etats-Unis, volant au secours de la politique anti-immigrés de Donald Trump. Le Guatemala et le Honduras se sont claquemurés mais restent contraints par Washington d’autoriser l’atterrissage d’avions chargés de leurs ressortissants expulsés des Etats-Unis et potentiellement infectés. En annonçant solennellement de nouvelles restrictions au passage de la frontière avec le Mexique, le 20 mars, le président américain a explicitement lié migrations et Covid-19. Il s’agit, a-t-il déclaré, de « réduire la masse globale de la migration qui épuiserait gravement le système de santé dont les Américains ont besoin ». Ce jour-là, le coronavirus avait fait 150 morts aux Etats-Unis. Le pays en déplore aujourd’hui plus de 14 000. La fermeture des frontières n’y a rien fait.

Nationaliste et xénophobe

Entre-temps, l’administration Trump a été jusqu’à interdire l’affichage d’avertissements sanitaires sur le coronavirus dans les tribunaux chargés de trancher le sort des immigrés. Il a fallu que le scandale éclate dans la presse pour le faire cesser. Plus obsédé par sa politique anti-migrants que par la prévention de la pandémie, l’exécutif américain a longtemps refusé de stopper la machine à entasser les sans-papiers dans des centres de rétention surpeuplés. Et il a fallu une pétition de juristes et de médecins pour interdire les interpellations dans les centres de santé que les migrants présentant des symptômes du Covid-19 hésitaient à consulter.

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