En Syrie, les promesses ambiguës des djihadistes d’Idlib

Le groupe Hayat Tahrir Al-Cham veut changer son image et ses méthodes pour ancrer dans la durée sa domination sur la région.

Par Publié le 10 mars 2020 à 11h43 - Mis à jour le 10 mars 2020 à 13h47

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C’est l’une des inconnues dont dépend le sort de l’enclave d’Idlib : l’évolution du groupe Hayat Tahrir Al-Cham (HTC), force dominante dans cette région du Nord-Ouest syrien, ultime possession des anti-Assad. Excroissance du Front Al-Nosra, la branche syrienne d’Al-Qaida, à l’avant-garde de l’insurrection dans les années 2013-2015, cette faction armée, classée terroriste par l’ONU et les capitales occidentales, s’est éloignée de sa matrice djihadiste.

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Dans une interview qu’il a accordée fin janvier à l’International Crisis Group (ICG), un cercle de réflexion sur les conflits dans le monde, le chef du groupe, le Syrien Abou Mohammed Al-Joulani, a insisté sur cette transformation. « J’ai été influencé par un milieu salafisto-djihadiste, né d’un désir de résister à l’occupation de l’Irak par les Etats-Unis, explique-t-il en faisant référence à son engagement, dans les années 2000, au sein de l’organisation Etat islamique en Irak, qui combattait les forces américaines déployées dans ce pays. Mais, aujourd’hui, la réalité sur le terrain est notre cadre de référence. »

Pragmatisme

Ces déclarations, en rupture avec la rhétorique du djihad global, recoupent les discours et les communiqués produits par le groupe depuis déjà plusieurs mois. HTC se présente désormais comme un groupe indépendant de la chaîne de commandement d’Al-Qaida, ancré dans la rébellion anti-Assad, mû par un programme salafiste strictement national, et non plus transnational. Une formation islamiste révolutionnaire syrienne en quelque sorte.

Les prémices de cette mutation remontent à 2016, lorsque le Front Al-Nosra, en se rebaptisant « Fatah Al-Cham », avait annoncé son divorce d’avec la nébuleuse djihadiste fondée par Oussama Ben Laden. Le processus s’est poursuivi l’année suivante, avec la fusion de Fatah Al-Cham et de quatre autres groupes armés dans une nouvelle organisation, Hayat Tahrir Al-Cham.

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Ces changements de noms et de discours ont été suivis d’actes. Les cheikhs les plus extrémistes au sein de HTC, qui sont souvent des non-Syriens, ont été expulsés ou marginalisés. Le mouvement pourchasse les cellules de l’organisation Etat islamique, qui n’a jamais pu s’implanter solidement dans la région d’Idlib. HTC surveille aussi un autre groupe djihadiste, Huras Al-Din, qui a récupéré le label Al-Qaida et qu’il a forcé à renoncer à tout projet de gouvernance autonome. Abou Mohammed Al-Joulani refuse que son fief serve de plate-forme à des attaques vers l’étranger.

Le pragmatisme est aussi de mise face à la Turquie, le parrain des rebelles. HTC ne s’est pas opposé au déploiement de son armée dans la province d’Idlib à partir de 2017. Même s’il a pu critiquer en public les divers cessez-le-feu négociés depuis cette date par Ankara avec Moscou, le protecteur de Damas, le groupe ne s’y est jamais opposé activement sur le terrain. C’est encore le cas avec le dernier accord de trêve, conclu la semaine dernière à Moscou, entre le président russe, Vladimir Poutine, et son homologue turc, Recep Tayyip Erdogan.

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