En Iran, les conservateurs exploitent la mémoire du général Soleimani

A la veille des législatives le 21 février, la frange la plus dure du pouvoir tire profit de l’assassinat par les Américains de l’ex-chef de l’unité d’élite des gardiens de la révolution, devenu l’incarnation de la « résistance » de la République islamique.

Par Publié le 18 février 2020 à 12h50 - Mis à jour le 21 février 2020 à 15h21

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Place Valiasr, à Téhéran, le 15 février, où trône une immense représentation du général Soleimani, assassiné par un drone américain le 3 janvier.
Place Valiasr, à Téhéran, le 15 février, où trône une immense représentation du général Soleimani, assassiné par un drone américain le 3 janvier. WANA / REUTERS

On a recouvert la ville de son visage. Souriant, en civil, reproduit sur une place peinte. Ombrageux, en uniforme, au débouché d’une rue. Recevant sur la tempe un tendre baiser du Guide de la révolution, Ali Khamenei, sur toute la surface d’une vaste affiche accrochée au-dessus d’une voie rapide. Entouré de fleurs stylisées ou de missiles balistiques en pleine ascension.

Les traits du général Ghassem Soleimani, assassiné le 3 janvier, à Bagdad, par un tir de drone américain, flottent, comme par persistance rétinienne, sur les façades sombres de la capitale, le long des ponts routiers qui enjambent la grisaille de quartiers tout entiers, par-dessus des étals de fruits, aux vitrines des magasins de téléphones mobiles, sur les vitres arrières des voitures qui se pressent dans d’interminables bouchons, toussotant de gaz d’échappement.

« Ils se cachent tous derrière son portrait, maintenant… », dira un jeune Téhéranais, en utilisant cette troisième personne du pluriel aux contours indistincts qui désigne ceux du régime, ceux qui décident, visibles et invisibles.

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Pour les célébrations de ses quarante et un ans, à la veille d’élections législatives sous contrôle qui devraient donner la victoire aux conservateurs, la République islamique intègre à sa mémoire le plus prestigieux des martyrs, dont l’assassinat a porté la région au bord de la guerre. M. Soleimani était le visage de la politique d’influence régionale des gardiens de la révolution, toujours représenté au côté des milices chiites d’Irak ou des forces fidèles au régime de Bachar al-Assad sur le vaste champ de bataille uniforme, qui, vu de Téhéran, semblait s’étendre à l’ouest du pays.

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Vivant, grâce à ces images de propagande diffusées sur les réseaux sociaux, Soleimani était devenu l’incarnation de la défense du pays autant que de « l’axe de la résistance », prolongement de Bagdad à Beyrouth, en passant par le Yémen, d’une révolution islamique qui, elle, ne connaîtrait pas de frontière. Il avait gagné, au passage, une notoriété et une popularité à laquelle aucun autre officier ne pouvait prétendre. Mort, il offre un second souffle à la fabrique d’images et de récits de la République islamique.

Les traîtres de l’intérieur

« L’avenir, c’est le général Soleimani. Son martyr, c’est la régénération de notre révolution », résume Hossein Shariatmadari, proche d’Ali Khamenei et rédacteur en chef du quotidien Kayhan, organe consacré à la défense des fondamentaux idéologiques de la République islamique et porte-voix du guide. A 70 ans passés, cet ancien gardien de la révolution appartient aux générations qui ont vu le chah tomber, l’ayatollah Khomeyni revenir d’exil et qui ont traversé huit années de guerre contre l’Irak de Saddam Hussein entre 1980 et 1988.

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