Répression des Ouïgours : à Karakash, la mécanique de l’arbitraire chinois

Une nouvelle fuite de documents, baptisés « Karakax List », met en lumière les ressorts de la politique d’internement dont fait l’objet la minorité ouïgoure.

Par et Publié le 17 février 2020 à 17h06 - Mis à jour le 18 février 2020 à 03h29

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A l’entrée d’un camp d’internement ouïgour, à Hotan, dans le Xinjiang (Chine), le 7 septembre 2018.

Karakash, district de plaines en lisière du désert du Taklamakan, dans le sud du Xinjiang, où vit la minorité ouïgoure. Par centaines, les hommes de la région sont emmenés vers ce que la Chine décrit officiellement comme des « centres de formation professionnelle » – en réalité des camps dont les détenus sont soumis à une discipline carcérale et à d’incessantes séances d’endoctrinement politique.

Une nouvelle fuite de documents officiels, confiés à un chercheur allemand, Adrian Zenz, et rendus publics sous le nom « Karakax List », lundi 17 février, par douze médias dont la BBC, CNN, le New York Times et Le Monde, permet pour la première fois d’observer, sur un échantillon localisé et précis de population, les ressorts déroutants de la mécanique de l’internement et son effroyable degré d’arbitraire.

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Sur ces listes, issues des administrations locales, sont détaillées plusieurs centaines de cas d’individus internés. Les motifs les plus fréquemment invoqués se rapportent au non-respect de la politique de contrôle des naissances (trois enfants en zone rurale et deux en zone urbaine), à la démonstration de comportements religieux ainsi qu’au fait d’avoir des « liens avec l’étranger ».

Derrière ces catégories figurent souvent des actes qui n’ont rien d’illégal. Demander un passeport sans avoir jamais voyagé ensuite, avoir quitté le pays puis être rentré, ou avoir été en contact avec des personnes ou des parents vivant à l’étranger suffisent à être envoyé en camp d’internement. Tout comme le fait d’être désigné comme « une personne n’inspirant pas confiance » née au cours des « décennies 1980, 1990 ou 2000 » – c’est-à-dire le seul fait d’avoir entre 20 et 40 ans. Une catégorie aussi vaste que vague. Il suffit que les autorités aient considéré que l’intéressé avait une « une pensée difficile à saisir », ou un « réseau compliqué de relations ».

Les comportements religieux épinglés vont du « prosélytisme de pensées extrémistes » au simple fait « d’avoir cliqué sans l’intention de le faire sur un site Internet étranger ». D’autres sont coupables, pour les femmes, de porter le voile, ou pour les hommes, la barbe – même si c’était dans le passé, par exemple, dans un cas, « entre 2010 et 2014 ». Les verdicts prennent aussi en compte le comportement du reste de la famille. Le fait que les membres d’une famille n’aient « pas participé aux activités obligatoires de levée du drapeau en temps voulu » sert par exemple d’argument pour empêcher une recommandation de libération. L’individu est alors appelé à « continuer à étudier ».

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