Le soutien financier des présidences de l’UE par des entreprises, un parrainage délicat à l’heure du « green deal »

Des ONG dénoncent les risques de conflit d’intérêts après que la Croatie a choisi un groupe pétrolier pour soutenir son action ce semestre.

Par Publié le 17 février 2020 à 10h44 - Mis à jour le 17 février 2020 à 18h18

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Le premier ministre croate Andrej Plenkovic au Conseil de l’Europe à Bruxelles, le 14 février 2018.
Le premier ministre croate Andrej Plenkovic au Conseil de l’Europe à Bruxelles, le 14 février 2018. EMMANUEL DUNAND / AFP

A l’heure où la Commission européenne veut faire du « green deal » sa priorité, le choix de la Croatie de faire sponsoriser par une compagnie pétrolière sa présidence tournante du Conseil de l’Union européenne, au premier semestre, n’a pas manqué de faire polémique. Et de relancer les débats sur le financement de cet exercice alors que, tous les six mois, l’un des Vingt-Sept a pour mission d’organiser et de présider les conseils des ministres européens et autres réunions qui rassemblent les experts des Etats membres.

Zagreb, qui a succédé à Helsinki le 1er janvier, a publié le 3 février la liste des entreprises qui aident le pays pour l’occasion. On y trouve, entre autres, le pétrolier INA, détenu par l’Etat croate et par le groupe hongrois MOL, qui est « le fournisseur officiel d’essence ».

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Un choix très critiqué par les ONG, qui dénoncent un mélange des genres et pointent un risque de conflit d’intérêts. « Cela décrédibilise l’engagement de l’Union à mener une action ambitieuse contre la crise climatique et à réduire le recours aux énergies fossiles », juge ainsi Vicky Cann, de Corporate Europe Observatory, un centre de recherche. Avant de poursuivre : « Le sponsoring des présidences est le symptôme d’un mal plus grand, celui d’un Conseil de l’Union européenne assez ouvert aux intérêts industriels et aux entreprises qui ont intérêt à influencer l’agenda politique. »

Rien d’illégal

L’agence de communication 404, à laquelle le gouvernement d’Andrej Plenkovic a eu recours pour l’aider à trouver des mécènes, n’a en tout cas pas hésité à mettre en avant cette proximité. Sur son site, l’une de ses consultantes expliquait le fonctionnement des institutions communautaires et « les bénéfices que le secteur privé pourrait tirer de la présidence croate du Conseil de l’Union européenne », évoquant notamment « une occasion unique pour les entreprises de plaider pour leur cause et de mieux se placer sur le marché européen ».

« La Croatie est pleinement consciente des défis posés par le changement climatique et souhaite que, durant sa présidence, l’Europe se donne les moyens d’atteindre l’objectif de neutralité carbone en 2050 », répond-on à Zagreb, où l’on rappelle que le coût de la présidence est intégralement pris en charge par le pays concerné. Et, c’est indéniable, tous les Etats membres ne disposent pas des mêmes moyens.

La Croatie n’a rien fait d’illégal. Non seulement rien n’interdit aux pays de se faire aider par des entreprises pour financer leur présidence, mais cette pratique n’est pas encadrée et est laissée à leur entière discrétion.

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