Comment les confinés du coronavirus trompent l’ennui

Entre l’angoisse d’une contamination et la longue attente de la quarantaine, habitants et touristes du monde entier partagent leur expérience sur les réseaux sociaux.

Publié le 12 février 2020 à 17h51 - Mis à jour le 12 février 2020 à 20h39

Temps de Lecture 4 min.

Des Français confinés dans le centre de vacances de Carry-le-Rouet (Bouches-du-Rhône), le 5 février 2020.
Des Français confinés dans le centre de vacances de Carry-le-Rouet (Bouches-du-Rhône), le 5 février 2020. Daniel Cole / AP

Après une semaine de quarantaine forcée par la crainte d’une contamination au nouveau coronavirus, Pan Shancu a craqué. Dans son appartement de la ville de Hangzhou, dans l’est de la Chine, le marathonien amateur s’est fixé un défi : courir 50 kilomètres sans sortir de chez lui. 6 250 boucles de 8 mètres autour de deux tables de massages, et une ligne d’arrivée franchie en 4 heures et 48 minutes. « Je ne suis pas sorti depuis des jours, je n’en pouvais plus de rester assis », explose-t-il dans un message, publié sur le réseau social Weibo et commenté par des milliers d’internautes.

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Depuis le début des mesures de confinement mises en place pour éviter la propagation du virus – dont le bilan mondial a dépassé les 1 100 morts –, les touristes et habitants concernés multiplient les techniques pour tromper l’ennui et l’angoisse d’une possible contamination. « Des écouteurs et de la musique, c’est tout ce qu’il faut », explique à Buzzfeed Xander Soh, ressortissant australien coincé dans une chambre sans fenêtre du Diamond Princess, bateau de croisière mis en quarantaine dans le port japonais de Yokohama.

Une sortie d’une heure autorisée par jour

Plus de 150 des 3 700 passagers et membres d’équipage du navire ont été contaminés par le coronavirus. Les mesures sanitaires à bord sont drastiques : repas pris dans les chambres, une sortie d’une heure autorisée par jour, pas de contact ni de rassemblement entre passagers de la croisière de luxe. « Jour 7 : nous avons eu la visite du Power Ranger rouge pendant que nous étions sur le pont », témoigne un passager en admirant un homme déguisé en super-héros passer sur un petit bateau à moteur.

Sur son compte Twitter créé pour l’occasion, @QuarantineDiamondPrincess (« Quarantaine Diamond Princess »), le même touriste raconte des anecdotes de la vie quotidienne sur le bateau. « Jour 7 : la connexion Internet est mauvaise, le capitaine dit que le problème va être résolu. Pas de Fortnite aujourd’hui », déplore quelques heures plus tard cet adepte du jeu vidéo en ligne. « L’alcool vient à manquer. C’est peut-être le dernier whiskey que je peux boire avant de descendre de ce bateau », ironise un autre passager sur Twitter.

Deux passagères se saluent depuis leur cabine sur le « Diamond Princess », dans le port de Yokohama, le 11 février.
Deux passagères se saluent depuis leur cabine sur le « Diamond Princess », dans le port de Yokohama, le 11 février. Jae C. Hong / AP
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A 10 122 kilomètres à l’ouest de Yokohama, même cadre paradisiaque, même peur de faire partie des nouvelles personnes infectées par le coronavirus. Dans le centre de vacances de la commune de Carry-le-Rouet (Bouches-du-Rhône), cent quatre-vingts Français rapatriés de la ville de Wuhan, foyer du virus, alternent entre parties de pétanque, projections de films et une vérification stricte de leur température. « L’un a repris ses ciseaux de coiffeur, d’autres leurs livres d’enseignants dans une classe improvisée », témoignent des journalistes de l’Agence France-Presse (AFP) arrivés en France avec le groupe de rapatriés.

« Le matin, certains vont courir, moi je me balade sur un chemin qui longe une calanque, le midi, on mange dans un réfectoire, l’après-midi, il y a des animations comme des jeux de cartes, de la pétanque et du volley », rapporte au journal La Dépêche Simon, un rapatrié originaire de Toulouse.

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« On n’avait plus de contact avec l’extérieur »

Pour certains, la mise en quarantaine dans le Sud est un soulagement après le confinement forcé à Wuhan : ces activités permettent de « retrouver ce lien social qu’on a perdu en étant en quarantaine en Chine », abonde auprès de l’AFP Charles Germain, 38 ans, à l’initiative d’un groupe sur une application de messagerie pour partager sur les téléphones des rapatriés des informations pratiques sur la vie du centre de Carry-le-Rouet. A Wuhan, « on avait notre lien familial à la maison, mais rien de plus. On n’avait plus de contact avec l’extérieur », rappelle-t-il.

Derrière les quelques distractions reste l’inquiétude de vivre à proximité de personnes potentiellement infectées par le coronavirus, dont la période d’incubation peut aller jusqu’à quatorze jours avant l’apparition de symptômes. Sur le Diamond Princess, les premiers signes d’angoisse sont apparus chez les membres de l’équipage, qui sont soumis à des règles sanitaires moins strictes et dont plus d’une dizaine ont contracté le virus.

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« Je ne suis plus un serveur aujourd’hui, mais plutôt un infirmier ou un gardien de la prison de Secondigliano [située à Naples], chargé de servir les repas aux détenus dans leur cellule », illustre un membre italien de l’équipage dans un témoignage publié sur le blog d’un de ses amis. Contrairement aux passagers, le staff partage notamment les mêmes toilettes et les mêmes plats pour déjeuner, selon un témoignage d’un cuisinier indien du navire au Washington Post. « Pourquoi est-ce qu’ils ne nous séparent pas ? Nous ne faisons pas partie du bateau ? Si les passagers ont été isolés, pourquoi pas nous ? », s’interroge-t-il.

Dans une vidéo largement relayée sur Facebook, Binay Kumar Sarkar, un autre des 160 membres indiens de l’équipage du Diamond Princess, en a appelé à son premier ministre, Narendra Modi, pour sortir du bateau : « Aucun de nous n’a été testé positif [au coronavirus], lance-t-il devant cinq collègues masqués. S’il vous plaît, sauvez-nous le plus vite possible. » Sur le bateau de croisière, la fin de la mise en quarantaine est, pour l’instant, fixée au 19 février.

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