« A l’allure où vont les choses, que restera-t-il de nos cultures ? » : à Taïwan, la résistance des aborigènes

Les autochtones s’impatientent face aux promesses de justice de la présidente Tsai Ing-wen.

Par Publié le 22 janvier 2020 à 11h18 - Mis à jour le 22 janvier 2020 à 14h47

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La chanteuse Panai Kusui (à gauche) avec la présidente taïwanaise, Tsai Ing-wen, le 3 août 2016 à Taipei.
La chanteuse Panai Kusui (à gauche) avec la présidente taïwanaise, Tsai Ing-wen, le 3 août 2016 à Taipei. Service presse de la présidence

La réélection de Tsai Ing-wen à la tête de Taïwan le 11 janvier n’a pas eu, pour Panai Kusui, le goût sucré de la victoire d’il y a quatre ans. Cette chanteuse de folk de 50 ans, qui revendique son identité aborigène, n’a pas l’intention de cesser le mouvement de protestation qu’elle mène depuis trois ans pour dénoncer la mauvaise voie prise, selon elle, par le processus d’aggiornamento des droits des peuples indigènes de Taïwan engagé par la présidente.

Taïwan reconnaît officiellement 16 peuples autochtones, près de 530 000 personnes, soit un peu plus de 2 % des 23,5 millions d’habitants. Ces populations de langues austronésiennes ont occupé l’île pendant des milliers d’années avant l’afflux de colons han en provenance des régions méridionales chinoises qui a suivi l’installation de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales dans le sud de Formose en 1624.

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En février 2017, le gouvernement a voulu faire avancer le dossier sensible des terres aborigènes en adoptant une procédure de désignation des territoires autochtones ancestraux qui ne s’applique qu’aux terres contrôlées par l’Etat, et exclut celles qui sont aux mains du privé – notamment les concessions minières ou commerciales. Cette mission incombe à une agence gouvernementale, le Conseil des affaires aborigènes. Une trahison pour la militante, qui défend le droit des autochtones à l’ensemble de leurs terres - et à s’autogérer : « Il n’y a pas de loi qui garantisse l’autonomie des communautés indigènes, qui puisse leur permettre de négocier à pied égal avec le gouvernement. Et ça, c’est insupportable », dit-elle à Taipei, quelques jours après les élections.

Alors, le 23 février 2017, Panai Kusui a installé un campement sur un terre-plein face au palais présidentiel pour y organiser des forums sur la justice autochtone. Elle a tenu 100 jours, avant d’être délogée par la police et de monter sa tente devant une sortie de métro à proximité. Après 600 jours, elle a à nouveau dû déménager, cette fois à l’intérieur d’un parc proche. Malgré cette mise à distance tout en précaution de la part des autorités, elle y est encore installée aujourd’hui avec son compagnon, un musicien lui aussi autochtone, depuis désormais 364 jours.

« Pas encore de restitution »

Panai Kusui est d’autant plus convaincue de sa mission d’empêcheuse de tourner en rond qu’elle offrit un soutien indéfectible à la présidente Tsai il y a quatre ans. Militante des droits de l’homme et figure de la culture aborigène, elle fut invitée à chanter lors des meetings de sa première campagne présidentielle. Tsai Ing-wen, qui a une grand-mère aborigène, une Paiwan, avait promis de faire avancer cette cause. « Elle nous a invités au palais présidentiel après sa victoire. On l’a convaincue de dire qu’elle allait présenter des excuses aux autochtones. Ce qu’elle a fait. J’ai aussi chanté à l’investiture », explique Panai Kusui.

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