Au Liban, « les gens sont désormais favorables à la violence dans la rue »

Les manifestations dans le centre de Beyrouth ont été marquées samedi et dimanche par des affrontements d’une violence inédite avec les forces de sécurité.

Par Publié le 20 janvier 2020 à 10h44 - Mis à jour le 20 janvier 2020 à 10h53

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Evacuation d’un manifestant à Beyrouth, le 19 janvier 2020.
Evacuation d’un manifestant à Beyrouth, le 19 janvier 2020. Mohamed Azakir / Reuters

Le temps des manifestations bon enfant, en musique et en famille, sous le regard des forces de sécurité, serait-il définitivement révolu au Liban ? Les rassemblements de protestation, organisés samedi 18 et dimanche 19 janvier dans le centre de Beyrouth, ont été marqués par des affrontements d’une violence inédite avec les forces de sécurité.

Durant deux soirées d’affilée, les abords de la place de l’Etoile, où siège le Parlement libanais, ont été le théâtre de scènes de guérilla urbaine. Pétards et feux d’artifice contre gaz lacrymogène, pavés contre grenades assourdissantes. Les unités antiémeutes ont même fait usage, pour la première fois, de balles en caoutchouc, tirées parfois à très courte distance.

Passages à tabac

Cette escalade, point d’orgue de la « semaine de la colère » décrétée par les manifestants, qui dénoncent l’apathie de la classe dirigeante face au marasme économique qui frappe leur pays, s’est traduite par un nombre de blessés jamais vu depuis le début de la contestation à la mi-octobre 2019 : plus de 520 en deux jours, principalement dans les rangs des protestataires mais aussi dans celui des agents de sécurité.

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Si la grande majorité des victimes ont pu être secourues sur place, plusieurs manifestants, touchés au visage par des projectiles, ont dû être opérés. L’hôpital Hôtel-Dieu de France a notamment traité deux jeunes d’une vingtaine d’années, grièvement blessés aux yeux, dont on ne savait pas dimanche s’ils pourraient recouvrer la vue. Les Forces de sécurité intérieure (FSI), en première ligne face à l’exaspération populaire, ont déploré 142 blessés dont trois graves, notamment des fractures du crâne.

Mardi, des scènes d’émeutes, marquées par le saccage de plusieurs banques, symboles des difficultés endurées par la population, avaient déjà eu lieu sur la rue Hamra, la grande artère commerçante de l’ouest de la capitale. Le lendemain, la police avait durement réprimé un rassemblement de quelques centaines de personnes, venues réclamer devant un poste de police la libération de leurs proches arrêtés lors des heurts de la veille. Plusieurs journalistes avaient été passés à tabac dans la mêlée, ce qui avait conduit le chef des FSI, Imad Othman, à présenter ses excuses.

« le pouvoir nous prend pour des imbéciles »

Alors que le soulèvement antisystème entre dans son quatrième mois et que la formation du gouvernement du premier ministre désigné, Hassan Diab – le successeur de Saad Hariri, renversé fin octobre 2019 par la rue – se fait toujours attendre, la violence s’invite donc dans la crise. D’abord rejeté, ce moyen d’action est désormais ouvertement revendiqué par une partie des contestataires, lassés des tactiques dilatoires de la classe politique.

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