Après l’explosion d’un réacteur chimique, les habitants demandent des comptes à l’usine espagnole Iqoxe

L’« accident » spectaculaire dans une usine mardi à proximité de Tarragone, en Espagne, a relancé le débat local sur la présence d’un pôle pétrochimique et ses effets sanitaires.

Par Publié le 18 janvier 2020 à 03h52 - Mis à jour le 20 janvier 2020 à 16h07

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Les pompiers arrosent le site chimique après l’explosion, le 15 janvier, à La Canonja, près de Tarragone.

Ce pourrait être une carte postale idyllique. Le soleil est éblouissant et le thermomètre affiche 15 °C en plein mois de janvier. La plage de sable de la Pineda, à Vila-Seca, fait face à une mer calme sur laquelle navigue un bateau de pêche. Un couple fait son jogging. Un vieil homme arpente le sable avec un détecteur de métaux. Une jeune femme pousse un landau. Deux retraités discutent de manière animée. De quoi ? La question ne se pose même pas. Partout, ces jours-ci, les habitants des environs de Tarragone n’ont qu’un mot à la bouche : l’« accident ».

C’est à 2 km de là, au pôle pétrochimique de La Canonja, que mardi 14 janvier s’est produite l’explosion d’un réacteur chimique de l’entreprise Iqoxe (Industrias químicas del oxido de etileno), spécialisée dans l’oxyde d’éthylène, qui a provoqué la mort de trois personnes et fait sept blessés, dont deux sont encore dans un état grave. A Vila-Seca et La Canonja, les deux communes les plus proches de l’accident, les habitants ont été invités à rester confinés chez eux durant plus de deux heures, le temps, pour les services de la protection civile, d’écarter l’existence d’un « nuage toxique ».

« A Tarragone, c’est tous les jours un miracle : ce que l’on a près de chez nous, c’est une bombe »

« J’ai entendu l’explosion, les vitres ont tremblé et j’ai vu les flammes, alors j’ai fermé les volets, et, au bout d’une heure, j’avais les yeux qui piquaient, le nez et la gorge aussi. Cela sentait le chlore », assure Sara Laguna, administrative de 55 ans, bien que le gouvernement catalan ait assuré qu’aucun pic de pollution n’avait été enregistré. Pour Juan Guerrero, 70 ans, « c’est un miracle que les silos remplis de produits chimiques n’aient pas explosé ». « A Tarragone, c’est tous les jours un miracle : ce que l’on a près de chez nous, c’est une bombe », renchérit José.

Pollution quotidienne

Sur les immenses polygones pétrochimiques de la province de Tarragone, qui s’étendent sur 1 200 ha, une quarantaine d’industries sont classées Seveso, dont quinze sur le seul site de La Canonja, parmi lesquelles Iqoxe, mais aussi Nitricomax, BASF, Dow Chemical ou Repsol. Les substances que ces industries manipulent incluent, entre autres produits chimiques, du chlore, du méthanol, de l’hydrogène, de l’acide chlorhydrique, de l’acétylène ou même du phosgène, classé comme arme chimique.

Ces quinze dernières années, plusieurs accidents ont provoqué des émanations ou des fuites d’ammonium, de benzène, d’ammoniaque, de dioxyde de nitrogène, de phénol, d’oxyde de propylène… Et plusieurs plates-formes citoyennes sont nées pour demander un plus grand contrôle des émissions provenant du polygone.

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