En Thaïlande, un jeune parti d’opposition menacé par la junte au pouvoir

La formation dirigée par Thanathorn Juangroongruangkit a organisé une manifestation de soutien à Bangkok, samedi 14 décembre, et promet un rassemblement « contre la dictature » le 12 janvier.

Par Publié le 16 décembre 2019 à 10h37 - Mis à jour le 16 décembre 2019 à 10h48

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Thanathorn Juangroongruangkit, chef de file du parti thaïlandais Anakot Mai (Parti du nouvel avenir), s’adresse à ses partisans lors d’un rassemblement dans le centre-ville de Bangkok, le 14 décembre.
Thanathorn Juangroongruangkit, chef de file du parti thaïlandais Anakot Mai (Parti du nouvel avenir), s’adresse à ses partisans lors d’un rassemblement dans le centre-ville de Bangkok, le 14 décembre. MLADEN ANTONOV / AFP

Baroud d’honneur ou début d’un mouvement de protestation sans précédent depuis le coup d’Etat de 2014 ? En rassemblant, samedi 14 décembre, une heure durant, des milliers de personnes dans le centre de Bangkok pour soutenir son parti menacé de dissolution, le politicien Thanathorn Juangroongruangkit entendait montrer qu’il ne se laisserait pas faire.

« Ce n’est que le commencement », a-t-il déclaré, rappelant que le vrai rassemblement « contre la dictature » était fixé au dimanche 12 janvier. Thanathorn, qui est communément désigné par son prénom en Thaïlande, et son parti l’Anakot Mai (Parti du nouvel avenir) ont été la révélation des élections de mars, censées marquer le retour à la démocratie. Tout juste créé, le parti est arrivé en troisième position, derrière la formation issue de la junte, Palang Pracharat, et le grand parti de l’opposition Pheu Thai (Pour les Thaïlandais).

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Thanatorn, 41 ans, riche homme d’affaires qui a dirigé pendant dix ans le groupe familial de pièces détachées pour automobiles, fut désigné comme candidat commun de l’opposition au poste de premier ministre. En vain : le chef de la junte, Prayuth Chan-o-cha, s’est fait réélire de justesse premier ministre grâce à un sénat nommé par ses soins, une constitution taillée sur mesure et un arsenal de lois liberticides qui a perduré malgré l’abolition du « Conseil national pour la paix et l’ordre » instauré après le coup d’Etat.

Le parti Anakot Mai s’est vite retrouvé en ligne de mire. Thanatorn a perdu son siège de député le mois dernier, au prétexte qu’il aurait encore détenu des parts dans un organe de presse lors des élections – il prétend s’en être débarrassé dans les délais requis. La Commission électorale a ensuite recommandé, mercredi 11 décembre, la dissolution du parti en raison d’un prêt personnel que le politicien milliardaire lui a accordé. Ce prêt, selon Anakot Mai, n’a rien d’illégal et a été en partie remboursé.

« Exaspération de l’élite »

Les institutions thaïlandaises sont aujourd’hui largement « instrumentalisées » par le pouvoir, explique l’universitaire thaïlandais Pavin Chachavalpongpun, du Centre des études sur l’Asie du Sud-Est de l’université de Kyoto. « Anakot Mai a été, durant les élections, le seul parti à militer pour un retrait des militaires de la politique. Ils ont été plus explicites à ce propos que ne l’a jamais été Thaksin [l’ex-premier ministre en exil]. Cela les a rendus très populaires. Mais ils sont devenus une telle menace pour le pouvoir que celui-ci veut les éliminer. La tentative de dissoudre le parti, qui a toutes les chances d’aboutir, est le signe de l’exaspération de l’élite », explique le chercheur.

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