FILE - In this Sunday, July 1, 2018 file picture Algeria's army chief Gen. Ahmed Gaid Salah presides a military parade in Algiers. Algeria's powerful army chief promises that a presidential election on Thursday, Dec. 12, 2019 will define the contours of a new era for a nation where the highest office has stood vacant for eight months. The tenacious pro-democracy movement which forced leader Abdelaziz Bouteflika to resign after 20 years in power doesn't trust the confident claim and is boycotting the vote. (AP Photo/Anis Belghoul, File)
Anis Belghoul / AP

Le général Gaïd Salah, dernière figure du « système » en Algérie

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Publié le 15 décembre 2019 à 05h53 - Mis à jour le 15 décembre 2019 à 13h44

L’Algérie a désormais un président, mais elle n’a qu’un seul vrai chef, et ce n’est pas Abdelmadjid Tebboune, élu jeudi 12 décembre au terme d’un scrutin contesté.

L’unique dirigeant de l’Algérie s’appelle Ahmed Gaïd Salah. Chef d’état-major et vice-ministre de la défense, le général Gaïd Salah s’est imposé, à la faveur du « hirak », le mouvement de contestation qui agite le pays depuis le 22 février, comme le visage du pouvoir. Tous les soirs, au journal de la télévision d’Etat, il admoneste, sermonne, ordonne ou menace, à l’occasion de discours au ton lénifiant prononcés devant des troupes au garde-à-vous lors de telle ou telle inauguration, cérémonie ou commémoration.

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Jamais depuis Houari Boumediene, qui régna de 1965 à 1978, un seul homme n’avait concentré autant de pouvoirs. Pourtant, Ahmed Gaïd Salah n’a ni la légitimité révolutionnaire et historique ni le charisme de son lointain prédécesseur. Aussi enrobé que Boumediene était maigre et frugal, le chef d’état-major en est comme le double inversé. Il incarne la mutation d’une armée sortie exsangue mais victorieuse et revancharde de la guerre d’indépendance en une institution puissante, sûre d’elle et repue de richesses. Contrairement à Boumediene et aux présidents Chadli (1979-1992) puis Zeroual (1994-1999), issus, eux aussi, de l’armée, il préfère manœuvrer dans l’ombre, en s’abritant derrière un pouvoir civil de façade, comme ce fut le cas pendant les dernières années de la présidence d’Abdelaziz Bouteflika.

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Si Gaïd Salah n’a pas l’aura de Boumediene, il n’a pas non plus la cruauté machiavélique de ses aînés, les généraux Nezzar, Médiène, Belkheir, Lamari et Guenaizia, les fameux « décideurs » des années 1990 qui avaient surgi sur la scène politique en réprimant les émeutes d’octobre 1988, avant de démettre Chadli Bendjedid, trop tendre à leur goût, et d’annuler, en janvier 1992, les élections législatives que le Front islamique du Salut (FIS) s’apprêtait à remporter. Ces mêmes « décideurs » qui menèrent une sale guerre d’éradication contre les groupes armés islamistes, sacrifiant la population civile à leur appétit de pouvoir. Des années et quelque 200 000 morts plus tard, ils sont allés tirer Abdelaziz Bouteflika de son exil pour le porter à la présidence, en 1999, et signifier ainsi un retour à la « normale ».

« Cocainegate »

Gaïd Salah n’est pas un politique. Et pourtant, cet homme terne, sans envergure ni vision, est devenu à la fois le fossoyeur et la dernière figure du « système » rejeté ces derniers mois par les manifestants. Pour comprendre comment il en est arrivé là, il faut remonter dans le temps, détecter les petites secousses antérieures au séisme du « hirak ».

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