Au Liban, l’effondrement de l’économie suscite le désespoir

Cinq personnes accablées par les difficultés financières se sont donné la mort ces derniers jours, témoignant de la paupérisation du pays.

Par et Publié le 11 décembre 2019 à 11h25

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Manifestation antigouvernementale, le 8 décembre à Beyrouth.
Manifestation antigouvernementale, le 8 décembre à Beyrouth. Bilal Hussein / AP

Sur le mur du petit salon, à Sin El-Fil, dans la banlieue est de Beyrouth, des photos d’enfants souriants rappellent les jours heureux. Mais une psalmodie du Coran monte de la chaîne stéréo et c’est vêtue de noir que la famille Abi Haïdar reçoit ses visiteurs.

Mercredi 4 décembre, Dany, âgé de 39 ans, père de trois enfants, écrasé de dettes, s’est donné la mort. Rentré tôt du travail, il a saisi son fusil, s’est isolé sur un bout de terrasse, au sommet de l’immeuble et s’est tiré une balle dans la tête. Employé d’une société de luminaires, il ne parvenait plus à subvenir aux besoins de sa famille et de ses parents, qui habitent le même appartement exigu.

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« Cela faisait plusieurs mois qu’on le sentait sous pression, raconte sa mère, Khadra, le regard éteint. Tout est devenu cher au Liban, son salaire ne suffisait plus. » « Il était étouffé par les responsabilités financières, c’est un martyr de l’injustice, accuse Mohamed Dib, son beau-père, la gorge serrée. Pas un responsable politique ne s’est manifesté après son décès. Je suppose que, pour eux, le suicide de citoyens est sans importance. »

Ces derniers jours, quatre autres habitants du pays du Cèdre, accablés par des difficultés financières similaires, ont mis fin à leurs jours. Un tailleur de pierre de 40 ans a notamment été retrouvé pendu, le 1er décembre, près de son domicile d’Ersal, dans la plaine de la Bekaa. Selon la presse locale, c’est le fait d’être incapable de donner à sa fille les 1 000 livres (0,60 euro) nécessaires à l’achat d’une galette au thym, qui a poussé l’homme à commettre l’irréparable.

« Crise des liquidités »

Ces gestes de désespoir témoignent de la paupérisation galopante qui frappe le Liban. Le phénomène, l’un des moteurs du mouvement de protestation en cours, qui a mené à la démission, fin octobre, du gouvernement de Saad Al-Hariri, n’est pas nouveau. Il s’est enclenché au milieu des années 2010, du fait de l’effondrement du tourisme, de la baisse des transferts bancaires en provenance de la diaspora, de l’afflux des réfugiés syriens et de l’incapacité de la classe dirigeante, rongée par la corruption, à faire face à cette nouvelle donne.

Le nombre d’emplois perdus est évalué par les enquêteurs à 160 000, pour un pays de 6 millions d’habitants

Mais la dégradation des conditions de vie des Libanais s’est brutalement accélérée à la fin de l’été, quelques semaines avant le début des manifestations. Craignant que les rumeurs de dévaluation de la livre libanaise n’entraînent une ruée sur les guichets, les banques ont commencé à limiter l’accès au dollar, pilier des transactions au Liban. Un contrôle de fait des capitaux s’est installé, marqué par de sévères entraves aux transferts d’argent vers l’étranger – sauf pour l’importation de pétrole, de farine et de médicaments – et un plafonnement des retraits à quelques centaines de dollars par semaine.

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