« China Cables » : de la lutte contre le terrorisme à l’internement de masse des Ouïgours

Exposé à la menace du djihadisme, Pékin met en place une politique extrême qu’aucun garde-fou ne vient modérer.

Par Publié le 24 novembre 2019 à 19h01 - Mis à jour le 25 novembre 2019 à 13h57

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Dans un camp du nord-ouest du Xinjiang (Chine), le 31 mai 2019.
Dans un camp du nord-ouest du Xinjiang (Chine), le 31 mai 2019. GREG BAKER / AFP

La politique d’internement massif qu’a mis en place la Chine sous couvert de « formation professionnelle » a germé au mitan de la décennie en cours, après une série d’attentats spectaculaires. En mars 2014, un commando de Ouïgours vêtus de noir et brandissant la chahada, la déclaration de foi islamique, attaque au sabre des passagers de la gare de Kunming, grande ville de la province du Yunnan, faisant 31 morts. Ce premier attentat de masse en dehors du Xinjiang n’est pas revendiqué, mais il préfigure les attentats de l’organisation Etat islamique (EI) en Europe.

Quatre mois auparavant, un Ouïgour avait réussi à pénétrer avec sa voiture sous la porte de la Paix-Céleste, l’entrée principale de la Cité interdite, sur la place Tiananmen, pourtant ultragardée, là où Mao Zedong a proclamé la naissance de la République populaire. La voiture prend feu.

Lire aussi : « China Cables », révélations sur le fonctionnement des camps d’internement des Ouïgours

En avril 2014, la première visite de Xi Jinping au Xinjiang se termine avec une attaque à la valise piégée à la gare de la capitale régionale, Urumqi, qui tue le terroriste – un nouvel affront. En mai de la même année, des militants armés de bombes incendiaires attaquent en voiture un marché d’Urumqi fréquenté par des Chinois Han et font un nouveau carnage : 39 morts. Cet attentat, comme celui de Tiananmen, est salué par le Parti islamique du Turkestan (TIP), un groupuscule affilié à Al-Qaida dans les zones afghano-pakistanaises qui appelle à la création d’un califat en Asie centrale.

La Chine devient vite consciente du risque de retour des djihadistes qui ont gagné la Syrie. Entre 2013 et 2015, des milliers de Ouïgours quittent le Xinjiang pour rejoindre, parfois clandestinement, la Turquie. Une petite partie d’entre eux, dont des familles entières, seront recrutés pour rejoindre des zones sous contrôle de la katiba syrienne du TIP puis, pour certains, de l’EI.

Cesur, un jeune Ouïgour qui a fui la Chine en 2014 par l’Asie du Sud-Est, nous a expliqué avoir été approché à son arrivée à Istanbul par la Malaisie, avec de faux papiers. « Ils m’ont hébergé gratuitement, en disant qu’ils nous emmèneraient en Syrie. Ils disaient : “Il faut combattre Assad.” Et aussi que c’était un moyen de s’entraîner contre la Chine. Plusieurs sont partis. Il y avait une émulation, on peut se retrouver embarqué. J’ai refusé », nous a-t-il confié en 2018, à Istanbul.

Regain de conservatisme religieux

Le Xinjiang est, à cette époque, plongé dans une spirale de répressions et de revendications, entre l’Etat policier chinois d’un côté et diverses aspirations ethnonationalistes ou islamonationalistes de l’autre. Ces dernières se sont emballées après 2009, date de sanglants affrontements interethniques dans les rues d’Urumqi. Les incidents violents se multiplient, souvent contre des symboles de l’Etat, les forces armées ou des migrants venus du reste de la Chine. Les forces spéciales chinoises commettent plusieurs massacres à grande échelle qui sont étouffés et nourrissent un fort ressentiment. Un regain de conservatisme religieux gagne les campagnes et certains quartiers ouïgours des grandes villes.

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