Mur d'expressions libres lors des manifestations anti-gouvernent, dans le centre de ville de Beyrouth au Liban, le 27 octobre 2019.
RAFAEL YAGHOBZADEH

« Une grande partie de notre élite est accro à la corruption » : Au Liban, dans les rouages de l’économie de l’ombre

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Publié le 22 novembre 2019 à 14h24 - Mis à jour le 27 novembre 2019 à 17h19

Mur d'expressions libres lors des manifestations anti-gouvernementales, dans le centre-ville de Beyrouth (Liban), le 27 octobre
Mur d'expressions libres lors des manifestations anti-gouvernementales, dans le centre-ville de Beyrouth (Liban), le 27 octobre RAFAEL YAGHOBZADEH

Ses sept étages veillent sur le sable doré de Ramlet El-Baïda, la grande plage du sud de Beyrouth. De sa terrasse, au coucher du soleil, on croirait toucher les flots scintillants de la Méditerranée. Rien que par son nom, promesse de luxe, de calme et de félicité, l’hôtel Eden Bay fait rêver.

Mais la carte postale a un prix. Le bonheur des clients de l’établissement cinq étoiles, ouvert fin juin, fait le malheur des habitués de Ramlet El-Baïda, dernière plage publique de la capitale libanaise. Rare morceau de littoral encore accessible aux habitants des quartiers pauvres, cette bande de sable d’un kilomètre est grignotée par les intérêts privés. Et par la corruption, l’un des principaux déclencheurs de la révolte antisystème qui a éclaté à la mi-octobre et poussé le premier ministre, Saad Hariri, à la démission.

« Privatisation frauduleuse de la côte libanaise »

Comment le promoteur de l’Eden Bay a-t-il obtenu le droit de construire sur le sable, à une dizaine de mètres du rivage, alors que la loi interdit de couler du béton dans cette zone ? Un rapport signé du président de l’ordre des ingénieurs, recensant pas moins de huit violations du code de la construction, a été transmis en 2017 au président Michel Aoun. Sans résultat. La société civile s’est mobilisée, a multiplié les manifestations devant le chantier. Les autorités n’ont pas cillé.

Le propriétaire de l’hôtel, l’homme d’affaires Wissam Achour, que l’on dit proche de la famille Hariri et du président du Parlement Nabih Berri, a l’oreille de la municipalité. Selon le Commerce du Levant, un magazine économique local, celle-ci a accepté, quelques jours avant l’inauguration du palace, de dévier une canalisation d’égout se déversant sous ses fenêtres. Les familles beyrouthines qui se sont baignées à cet endroit pendant des années n’ont pas eu droit à autant de délicatesse.

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Début novembre, alors que le centre-ville résonnait de chants et de slogans hostiles à la classe dirigeante, une centaine de manifestants ont pris la route de l’Eden Bay. « On a été bloqués par des policiers quasiment plus nombreux que nous, raconte Ali Darwich, le directeur de Green Line, une ONG de défense de la nature. Wissam Achour a des protecteurs haut placés. Son hôtel est le symbole de la privatisation frauduleuse de la côte libanaise. Si l’Etat se décidait un jour à sévir, il pourrait récolter près de 2 milliards de dollars d’amende. »

Le plus vieux métier du monde

La corruption est l’autre plus vieux métier du monde. Mais il ne se pratique pas partout de la même manière. Il y a la malversation de haut vol, l’entourloupe en col blanc, réalisée à grand renfort de montages opaques dans le secret d’une étude d’avocat ou d’un cabinet ministériel. Il y a la bonne vieille magouille, la truanderie à peine dissimulée, façon contrebande et extorsion, les deux mamelles de la mafia. Et au milieu, il y a la corruption des ronds-de-cuir, le parasitage de l’appareil d’Etat, à coup de fraudes, de pots-de-vin et d’emplois fantômes.

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