La Papouasie indonésienne en proie à de violentes émeutes

Une descente de police brutale a conduit au soulèvement de nombreux Papous, frustrés depuis des décennies d’être rattachés à Djakarta.

Par Publié le 30 août 2019 à 12h29

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Des magasins détruits à Jayapura, dans la province de Papouasie, en Indonésie, le 30 août.
Des magasins détruits à Jayapura, dans la province de Papouasie, en Indonésie, le 30 août. BRAM / AFP

La colère gronde dans les deux provinces constituant la Papouasie indonésienne, situées à l’ouest de la Papouasie-Nouvelle-Guinée indépendante. La région est en proie depuis dix jours à un soulèvement qui a gagné toutes les principales villes. Selon certaines sources, six personnes ont été tuées dans des heurts dans un district du centre, Deiyai, mercredi 28 août, lorsque la police a tiré à balles réelles sur des manifestants. La police a, de son côté, confirmé un mort dans ses rangs et deux dans ceux des protestataires.

Les troubles ont débuté à la suite d’une descente de police non pas sur l’île de Papouasie mais dans la deuxième ville d’Indonésie, Surabaya, le 17 août, date de la fête de l’indépendance indonésienne. En cette occasion, les habitants de l’archipel doivent hisser le drapeau rouge et blanc devant chez eux.

Ce jour-là, des allégations selon lesquelles des étudiants de la minorité papoue auraient arraché un drapeau qui flottait devant leur dortoir, avant de le jeter dans le caniveau, sont remontées à la police locale. Les agents ont mené une importante opération sur les lieux, entrant par la force et employant des gaz lacrymogènes. Quarante-trois jeunes ont été emmenés au poste. Des vidéos ont circulé les jours suivant sur les réseaux sociaux dans la communauté papoue, montrant des policiers et des membres d’une milice nationaliste du quartier traitant les étudiants de « singes » et de « chiens ». L’armée a précisé que les officiers en question seraient rappelés à l’ordre.

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Il n’en fallait pas davantage pour que les Papous se mobilisent, après des décennies de frustration politique. Ancienne colonie néerlandaise, la moitié occidentale de l’île de Papouasie a été rattachée à l’Indonésie de Sukarno après un accord de 1962, prévoyant l’organisation sous sept ans d’un référendum d’autodétermination pour ce peuple mélanésien. En 1969, seuls 1 025 citoyens soigneusement désignés par l’armée indonésienne étaient appelés à voter, et optaient sans aucune surprise pour le rattachement à l’Indonésie, un processus approuvé par les Nations unies.

La Papouasie indonésienne est depuis en proie à un mouvement indépendantiste, violemment réprimé par les autorités centrales, et incarnée par une rébellion armée, l’Organisation pour une Papouasie libre.

« L’étoile du matin »

Dès le 19 août, des manifestants descendaient dans les rues de Manokwari, la capitale de la province de Papouasie occidentale, et mettaient le feu au Parlement local. Une prison était également incendiée, permettant à 250 condamnés de s’enfuir. La mobilisation n’a pas cessé depuis. Internet a été coupé sur place, afin d’éviter, selon Djakarta, que se propagent les fausses rumeurs, mais la population y voit une tentative d’étouffer le mouvement, et au moins un bureau d’une compagnie de télécoms a été incendie.

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