Il faut « offrir aux Français un placement qui leur permette de contribuer au redressement national »

L’économiste Jean Matouk préconise, dans une tribune au « Monde », de financer la dette européenne par une annulation mutuelle de créances entre Etats et par un appel à l’épargne des citoyens.

Publié le 29 juin 2020 à 09h25 Temps de Lecture 4 min.

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Tribune. Devant la croissance rapide des dettes publiques, qui va les faire grimper de 7 % à 22 % du produit intérieur brut (PIB) des Etats européens, certains économistes proposent tout simplement de tirer un trait sur ce supplément de dettes. Non pas directement, mais par l’entremise de la Banque centrale européenne (BCE).

En effet, depuis plusieurs années, celle-ci achète aux banques, et à d’autres porteurs éventuels, des titres des dettes publiques – au grand dam de nombre d’experts financiers des pays nord européens, et sous le regard inquisiteur de la Cour constitutionnelle allemande de Karlsruhe. Mario Draghi avait inauguré en Europe cette politique. Christine Lagarde a prévu d’y ajouter 1 500 milliards d’euros.

Le bilan de la BCE devrait ainsi monter au-delà de 6 000 milliards. Il suffirait, disent les partisans de l’annulation, que la BCE annule les créances qu’elle a achetées, c’est-à-dire une partie de son actif. Elle passerait peut-être à des fonds propres négatifs, puisque le passif lui resterait constant, mais, contrairement aux autres banques, elle peut très bien fonctionner ainsi parce qu’elle bénéficie du privilège monétaire, celui d’émettre la monnaie.

Sous contrôle prudentiel de la BCE

Mais il faut bien comprendre le jeu des écritures. Ce sont les Etats de l’Union qui sont propriétaires de la BCE, dont les actions formant son capital figurent à son haut de passif. Si les fonds propres de la BCE deviennent négatifs, c’est le patrimoine des Etats qui diminue d’autant. Par conséquent, même si ce jeu d’écriture est possible, les marchés ne seraient pas dupes et nombre d’Etats auraient quand même plus de mal à emprunter.

Par ailleurs, sur le plan juridique, annuler les créances sur les Etats acquis par la BCE revient à financer directement ces Etats, c’est-à-dire à transgresser les traités. C’est pour le coup que la Cour de Karlsruhe et ses homologues du Nord risquent bien de voir très rouge. Sans oublier que ce serait reporter à bien loin dans le temps le rôle international de l’euro sur les marchés mondiaux.

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Il existe pourtant une solution moins « dramatique » : ce serait les banques européennes, sous contrôle prudentiel de la BCE, qui annuleraient directement les créances qu’elles détiennent sur les divers Etats, pour des sommes à peu près égales. Par exemple 100 milliards d’euros des créances des banques du pays A vers l’Etat du pays B, et 100 milliards de créances des banques du pays B sur l’Etat du pays A. Entre les pays C et D, ce ne serait en revanche que 10 milliards, et ainsi de suite…

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