Etats-Unis : « Vous avez aimé Scarlett, vous allez adorer Janie »

« Autant en emporte le vent », de Margaret Mitchell, contribue à pérenniser une vision paternaliste des Noirs. Paru à la même époque, le livre « Mais leurs yeux dardaient sur Dieu », de Zora Neale Hurston, raconte l’émancipation d’une jeune femme noire du Sud et permet de comprendre que d’autres dynamiques existaient à la même époque, rappelle Sylvain Pattieu dans une tribune au « Monde »

Publié le 28 juin 2020 à 06h00 Temps de Lecture 5 min.

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Tribune. La nouvelle traduction par les éditions Gallmeister du célèbre roman de Margaret Mitchell, Gone with the Wind (Autant en emporte le vent) (1936), a coïncidé avec un mouvement mondial de protestation contre la mort de George Floyd, à Minneapolis, considérée comme l’exemple même des violences dont sont victimes les Noirs aux Etats-Unis, fruit d’un racisme systémique hérité de l’esclavage et de la ségrégation.

Margaret Mitchell (1900-1949) était née dans une famille de Géorgie profondément ancrée dans la tradition et dans le souvenir du Sud d’antan. Son livre représente le Sud esclavagiste d’avant la guerre de Sécession sous un jour particulièrement favorable : de bons maîtres auxquels des esclaves dociles et aimants sont attachés, avec en contrepoint les « mauvais Noirs » rebelles et les Yankees corrompus venus soumettre les Etats sécessionnistes. Il entretient la nostalgie d’un Sud mythique au mode de vie idéalisé, il ignore l’esclavage comme exploitation, violence et déshumanisation.

Interrogé sur France Culture sur l’intérêt de retraduire et republier cette œuvre de nos jours, son éditeur la présente comme une saga décrivant « un monde en fin de vie » et « une Amérique en devenir dans la manière dont les nordistes vont prendre la main sur les sudistes ». Une telle justification, hélas, épouse le propos du livre au lieu de s’en distancier : le roman de Margaret Mitchell, parmi d’autres, a contribué à représenter la courte période dite de la Reconstruction (1865-1877), qui suit immédiatement la fin de la guerre, comme un chaos organisé par les carpetbaggers venus du Nord et les scalawags du Sud, alliés aux anciens esclaves affranchis et incapables.

Les enjeux historiques et ses présupposés idéologiques

Les premiers sont, dans la propagande sudiste, des Yankees opportunistes venus profiter des Etats vaincus ; les seconds des traîtres du Sud prêts à coopérer avec le Nord. Quant aux Noirs, ils sont présentés comme crédules, prêts à croire aux fausses promesses du Bureau des affranchis (le célèbre « quarante acres et une mule »). Pourtant, les historiens considèrent désormais cette période de la Reconstruction comme particulièrement riche d’innovations politiques, démocratiques et sociales, offrant la possibilité d’une véritable participation politique des anciens esclaves.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi « Autant en emporte le vent » : le temps venu de la retraduction

Elle prend fin à partir de la fin de 1877, quand les républicains conservateurs s’accordent avec les démocrates racistes du Sud pour leur laisser les mains libres : les lois Jim Crow s’attachent alors à revenir sur les acquis de l’abolition en empêchant les Noirs de voter et en imposant la ségrégation raciale, consacrée par l’arrêt « Plessy vs Ferguson » de 1896 et son célèbre « separate but equal ».

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