« Le monde d’après » : « Nous pouvons faire beaucoup mieux que d’annuler la dette des pays à faible revenu »

Face à l’épidémie due au coronavirus qui a affecté les économies du continent africain, l’économiste Marc Raffinot explique, dans une tribune au « Monde », que recourir à un moratoire ou à des remises de la dette des pays pauvres révèle les biais idéologiques des pays prêteurs. Il présente des pistes d’aides plus efficaces.

Par Marc Raffinot Publié le 06 juin 2020 à 08h00

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Tribune. A chaque crise, de multiples voix s’élèvent pour demander l’annulation de la dette des pays en développement. Des présidents africains, le pape, des organisations non gouvernementales, le président Macron, la liste est longue. Ce sont en partie les mêmes qui avaient demandé, et finalement obtenu, des annulations de dette pour les pays les plus pauvres à partir de 1989 – un processus qui ne s’est terminé qu’en 2005 avec l’initiative d’allégement de la dette multilatérale.

La récente décision du G20 montre que leur voix est entendue, même si le résultat annoncé actuellement (moratoire, simple suspension des remboursements jusqu’à la fin de l’année) est marqué d’une certaine mesquinerie.

Certes, la décision du G20 reste un témoignage de solidarité internationale. Elle donnera un peu d’espace budgétaire aux pays pauvres pour faire face à la pandémie de Covid-19 et à ses conséquences économiques. Où donc est le problème ?

Le problème est qu’avec les mêmes moyens, nous pouvons faire beaucoup mieux.

De très grandes inégalités

En effet, malgré les bonnes intentions, les annulations de dette ne sont pas une panacée. Les pays les plus pauvres, mais aussi ceux qui le sont un peu moins, ont besoin de moyens importants, et rapidement. Un moratoire, ou même une réduction de dette n’est pas un apport d’argent frais. Une réduction de dette est une autorisation de ne pas payer le service de la dette, qui peut s’étendre sur des dizaines d’années. A court terme, le résultat concret n’est pas différent de celui d’un moratoire.

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De plus, il n’y a aucune raison pour que l’annulation de la dette corresponde à ce dont chaque pays a besoin. Annuler une dette revient à libérer des ressources d’autant plus considérables que la dette est importante, et non pas en fonction des besoins. Des réductions de dette se traduiraient en Afrique par de très grandes inégalités (comme lors des réductions de dette précédentes). Imaginons que l’on s’accorde sur la plus généreuse des initiatives, l’annulation totale de l’encours de la dette.

Cela représenterait (toujours étalé sur des années) 59 dollars (52 euros) par habitant pour la République démocratique du Congo (RDC), 981 dollars pour la République du Congo, 53 dollars pour le Burundi, 439 dollars pour le Rwanda, 145 dollars pour le Niger et 1 185 dollars pour la Mauritanie, etc. Cherchez la logique !

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Les pays qui ne sont pas trop endettés et qui risquent d’être fortement atteints par la pandémie seront touchés par une double peine. Et les pays qui ont refusé la fuite en avant dans l’endettement, comme l’Ouganda, qui a refusé d’emprunter sur les marchés financiers à des taux élevés, se retrouveraient bien curieusement récompensés.

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