La « nouvelle guerre froide » entre Chine et Etats-Unis : un paradigme douteux

L’expression « guerre froide » se rapporte à la compétition idéologique et militaire qui avait cours entre 1947 et 1991. Mais le duel sino-américain, lui, ne s’organise pas autour de véritables blocs.

Par Publié le 06 juin 2020 à 07h00 - Mis à jour le 06 juin 2020 à 09h57

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Analyse. Les responsables politiques en abusent, les experts en raffolent. L’expression « nouvelle guerre froide » réunit tant d’adeptes qu’elle prétend s’imposer avec la force de l’évidence, tel un simple bulletin météo de géopolitique. Elle part d’une réalité : la confrontation entre les Etats-Unis et la Chine, qui se profile depuis des années, a pris une ampleur inédite au gré de la crise sanitaire. Mais le parallèle avec la période 1947-1991 n’aide pas forcément à surmonter le vertige du moment et à le comprendre.

La guerre froide était une compétition idéologique et militaire entre les modèles communiste et libéral, entre deux récits patriotiques aussi, aux prétentions universelles. Il n’y plus de camp solide et délimité de part et d’autre, seulement deux nationalismes aiguisés, qui se respectent de moins en moins. Après 1939-1945, les Etats-Unis avaient aidé l’Europe à se relever et l’avaient assurée de leur protection. Voilà à présent leur image fortement dégradée et le lien transatlantique abîmé. De son côté, la Chine de Xi Jinping, devenue agressive et revancharde contre l’Occident, prétend proposer un modèle de développement alternatif, où l’épanouissement personnel n’est que matériel et la soumission, érigée en vertu. Cette Chine-là, atelier du monde devenue aussi son laboratoire grâce aux transferts de technologie, réclame la notabilité due à son économie et à son poids démographique.

« La Chine ne veut pas d’une guerre froide avec les Etats-Unis, mais l’utilisation même de cette expression consolide sa place comme seul rival systémique »

Les acteurs principaux contribuent à la confusion des époques en recourant à cette formule de « guerre froide ». Tel le ministre des affaires étrangères chinois, Wang Yi, qui estime que les attaques contre Pékin poussent les deux pays dans cette direction. La Chine prétend toujours défendre le multilatéralisme, mais à ses conditions : s’il lui permet de poursuivre l’extension de ses sphères d’influence économique. Bien moins, lorsqu’un grand nombre de membres de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) réclament une enquête approfondie sur l’origine du Covid-19. La Chine ne veut pas d’une guerre froide sur tous les fronts avec les Etats-Unis, dont chaque protagoniste paierait le prix. Mais l’utilisation même de cette expression consolide sa place comme seul rival systémique.

Trump rejoue une partition connue

Le concept de « guerre froide » correspond aussi au lexique idéologique en vogue à Washington. La Chine est vue comme un adversaire qui compte décrocher les Etats-Unis du toit du monde. Dès lors, la confrontation devient une affaire de survie et ne tolère pas des cadres restrictifs comme le multilatéralisme, le droit international ou les traités de désarmement, dont la négociation, à l’époque de la guerre froide, constituait pourtant une courroie essentielle de dialogue entre Américains et Soviétiques. Taïwan, Hongkong, mer de Chine du Sud, OMS, accords commerciaux, compétition en matière d’intelligence artificielle et d’armes du futur : partout le duel sino-américain se durcit. L’Europe, elle, rêve d’une place au milieu, comme acteur à la fois tempéré et souverain.

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