La crise existentielle du parti présidentiel

Editorial. L’échec annoncé de La République en marche au second tour des élections municipales, le 28 juin, et le départ de plusieurs députés du groupe parlementaire de la majorité sont le signe d’un profond malaise.

Publié le 04 juin 2020 à 10h58 Temps de Lecture 2 min.

Editorial du « Monde ». Contraint de redéfinir son projet pour faire face à la récession, Emmanuel Macron doit compter avec un handicap de taille. La République en marche (LRM), qu’il avait lancée en avril 2016, pour appuyer sa conquête de l’Elysée, est en mauvaise posture. Sans attendre la tenue du second tour des élections municipales, prévu dimanche 28 juin, le parti présidentiel sait qu’il va encaisser une lourde déconvenue. Ses espoirs de conquête, concentrés sur quelques grandes métropoles comme Paris ou Marseille, se sont réduits comme peau de chagrin. Si Strasbourg semble encore à portée de main grâce aux divisions de la gauche et à une alliance de dernière minute avec la droite, Stanislas Guerini, son délégué général, met surtout en avant les 10 000 conseillers municipaux qu’il espère faire élire. Le chiffre est faible, comparé aux plus de 500 000 qui seront désignés à l’occasion de ce scrutin.

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Portant, lors de sa création, la promesse d’un renouvellement de la vie politique par dépassement du clivage gauche-droite et enrôlement de nouveaux citoyens, LRM a collectionné les déboires du début à la fin de la campagne. Peu aguerries, hésitantes sur les alliances, ses instances nationales ont eu le plus grand mal à définir une ligne et à arrêter un processus consensuel pour sélectionner ses candidats. La capitale, qui devait servir de vitrine, est devenue, jusqu’à la caricature, le miroir grossissant des difficultés rencontrées, du choix contesté de Benjamin Griveaux à l’impossibilité éprouvée par sa remplaçante, Agnès Buzyn, de faire revenir au bercail le dissident Cédric Villani.

La solitude du président

Certes, ces vicissitudes doivent être relativisées. Nouvelle dans le paysage politique, LRM a essuyé les plâtres, comme le parti gaulliste lors des élections municipales de 1959. Dans l’un et l’autre cas, le fort succès remporté aux législatives n’a en rien garanti une duplication aux élections locales, car les autres formations politiques, implantées de longue date, y sont beaucoup plus visibles. Pour peu que le contexte national soit difficile, elles y prennent facilement leur revanche. Dans la majorité des cas, la gauche n’a pas voulu conclure d’alliances avec des élus LRM, et la droite, lorsqu’elle les a proposées, y a surtout vu son avantage.

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Compte tenu du fort taux d’abstention qui a marqué le premier tour, les responsables de la majorité vont être tentés de minimiser l’échec annoncé du 28 juin. Ce serait une erreur, car cette mauvaise passe est symptomatique de la solitude dans laquelle se trouve aujourd’hui le président de la République. Son parti est en difficulté, mais le groupe parlementaire l’est aussi : en l’espace de deux semaines, plusieurs députés l’ont quitté, au risque de lui faire perdre la confortable majorité absolue dont il disposait.

Faire vivre une majorité pléthorique n’est, certes, jamais simple : Nicolas Sarkozy avait constamment bataillé avec Jean -François Copé, le président du groupe UMP, qui voulait faire de la « coproduction » législative. François Hollande avait connu son lot de frondeurs, qui avaient fini par lui faire perdre toute assise. Mais, au vu de ces coûteux déboires, il apparaît qu’Emmanuel Macron et Edouard Philippe – qui, à ce jour, n’a toujours pas pris sa carte à LRM – n’ont pas accordé toute l’attention qu’il fallait à la majorité. En panne de doctrine, celle-ci se retrouve tiraillée entre son aile gauche et son aile droite, et se demande, de surcroît, quelle est son utilité réelle. Sauf à considérer que les partis ont perdu toute utilité, la crise existentielle que traverse LRM est un des symptômes d’un vrai malaise démocratique.

Le Monde

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