« Entre la police et la population, il faut rebâtir la confiance en partant du terrain »

Un Etat qui n’envisage sa police que sous l’angle répressif contribue à distendre les liens de celle-ci avec la population et se dérobe à ses responsabilités de protection, soulignent, dans une tribune au « Monde », Isabelle Fernandez, Christophe Korell et Sandra Pizzo, responsables de l’association Agora des citoyens, de la police et de la justice.

Publié le 03 juin 2020 à 06h00 Temps de Lecture 4 min.

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Tribune. A l’heure où soignants, pompiers, caissières et autres professionnels indispensables ont été encouragés et soutenus comme partie intégrante du « premier rempart contre la pandémie » au cours de la crise sanitaire, les policiers, pourtant eux aussi aux avant-postes, n’ont, une nouvelle fois, été mis en lumière qu’à travers le seul angle du contrôle et de la répression, dans une gestion essentiellement sécuritaire du respect du confinement.

Renforcement des inégalités

S’il ne nous appartient pas de porter un jugement sur la gestion de cette crise sanitaire, il est un fait : ce confinement n’aura fait que renforcer les inégalités qui persistent dans notre pays. Plus spécifiquement, l’application de nouvelles directives, parfois incomprises voire contradictoires, aura contribué à creuser encore le fossé entre les policiers et une partie de la population, de la jeunesse en particulier. Aujourd’hui, la police n’est vue et n’est surtout montrée quasiment que dans l’exercice de sa mission de répression. Alors même qu’elle ne peut fonctionner efficacement qu’en s’appuyant sur deux piliers, celui de la prévention semble totalement oublié, ou à tout le moins invisible. La population est la première à en subir les conséquences, mais la fonction de policier souffre aussi de cette situation et devient parfois, voire souvent, incomprise.

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Devons-nous nous contenter d’une « cote de confiance », imprécise, en ignorant celles et ceux qui n’ont plus confiance en la police ? Selon un sondage IFOP publié le 30 janvier, 43 % des Français éprouvent spontanément un sentiment de confiance envers la police (contre 50 % en août 2019), et 17 % un sentiment de sympathie (contre 20 % en août 2019), tandis que 20 % éprouvent de l’inquiétude et 10 % de l’hostilité. Certes, tout le monde ne déteste pas la police. Mais il est un peu trop facile de se dire qu’après tout on ne compterait, dans cette part exprimant une opinion défavorable, que des prises de position politiques extrémistes, ou bien des personnes qui, parce qu’elles enfreignent les lois, seraient par nature hostiles à la police.

Nous nous devons collectivement l’exigence de sortir du déni des problèmes pour chercher des solutions communes

Il ne s’agit pas de tomber dans le manichéisme en prétendant que tout se résume à une opposition entre délinquants et policiers. En République, il ne peut y avoir de « camp ». Il s’agit, ici, bel et bien du rapport qu’entretient la population avec ses institutions. La confiance s’érode chaque jour un peu plus, c’est un constat. Cette relation se distend, et l’usage des réseaux sociaux à des fins de polémique y contribue. Parfois, les dissensions sont amplifiées par des attitudes policières qui n’ont évidemment pas lieu d’être, il ne faut pas s’en cacher. Mais elles le sont également par la désinformation de ceux qui ne font toujours que souffler sur les braises. Les réseaux sociaux, comme parfois l’information en continu, sont un vecteur de communication appréciable, mais ils font bien trop souvent appel à l’émotion, plutôt qu’à la raison et à la réflexion. Chacun accueille l’information au prisme de sa sensibilité.

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