Coronavirus : « La gouvernance du futur devrait être fondée sur le triptyque citoyens, politiques, scientifiques »

Nos démocraties sont malades du modèle technocratique qui produit des politiques souvent déconnectées des réalités, estime la chercheuse en science politique Laurence Morel, dans une tribune au « Monde ». Cette crise appelle un changement dans la façon de gouverner.

Publié le 03 juin 2020 à 08h15 - Mis à jour le 03 juin 2020 à 12h24 Temps de Lecture 9 min.

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Tribune. Le coronavirus s’est invité dans des démocraties libérales fragilisées. La plupart expérimentent une régression de leur composante démocratique, parfois qualifiée de « dérive technocratique », au profit d’acteurs non élus, tandis que leur composante libérale est contestée par des mouvements populistes qui refusent toute limite à l’exercice du pouvoir, comme celles protectrices des droits individuels et des minorités, au nom d’une sacro-sainte volonté populaire.

En pratique, ces deux régressions s’alimentent réciproquement. Elles sont les deux faces d’une même médaille, et rencontrent un soutien croissant dans des populations devenues critiques à l’égard du modèle démocratique-libéral (voir sur ce point l’analyse de Yasha Mounk, The People Vs. Democracy. Why Our Freedom Is In Danger & How to Save It ?, Havard University Press, 2018).

Or l’impact immédiat du coronavirus a été de mettre encore plus à mal ce modèle : de nombreuses restrictions des droits individuels, parfois jusqu’au confinement total de la population, ont été mises en place, même si c’est au nom d’un autre droit, celui à la santé ; et l’exercice démocratique du pouvoir a été entravé par des mesures d’exception qui renforcent les exécutifs centraux aux dépens des parlements et des autonomies locales, et par de nombreux reports d’élections ou de référendums.

Surveillance numérique

Ces restrictions sont certes temporaires, beaucoup sont déjà levées, et toutes devraient l’être une fois le danger écarté. Pour autant, il existe de nombreux précédents de régimes d’exception ou de suspensions de droits qui ont été prolongés sans justification, voire en partie pérennisés dans le droit commun.

Surtout, la crise due au coronavirus pourrait engendrer des conséquences favorables à la poursuite d’une dégradation des composantes libérale et démocratique de nos systèmes politiques.

D’abord, parce que la surveillance numérique en passe d’accompagner dans beaucoup de pays le déconfinement sera difficile à éliminer complètement, et la tentation grande de la transposer dans d’autres domaines (comme la lutte contre l’évasion fiscale).

Ensuite, parce que la démocratie pourrait sortir affaiblie de cette crise, même après le retour au fonctionnement normal des institutions.

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En démontrant l’importance de la science et l’expertise, ainsi que la nécessité de situer un plus grand nombre de décisions à l’échelle supranationale, moins propice au contrôle démocratique, le coronavirus risque en effet de renforcer le modèle technocratique.

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