« L’annulation de dette aurait des effets dévastateurs pour la crédibilité de la BCE »

L’ancien membre de l’Autorité des marchés financiers Jean-Michel Naulot met en garde dans une tribune au « Monde » contre l’illusion d’une destruction de la dette des Etats par la Banque centrale européenne

Publié le 01 juin 2020 à 09h16 Temps de Lecture 4 min.

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Tribune. Est-il bien raisonnable de laisser croire à nos concitoyens qu’il est possible d’annuler une dette publique sans que les épargnants ou les contribuables soient mis à contribution ? Est-il raisonnable de leur laisser croire qu’une banque centrale peut d’un trait de plume annuler une dette ? Est-il raisonnable de leur laisser croire que, dotée du pouvoir de créer ex nihilo de la monnaie, une banque centrale doit pouvoir également détruire les dettes qu’elle détient et vivre avec des fonds propres négatifs ?

Depuis dix ans, nos concitoyens ont été tellement habitués à voir les banquiers centraux activer la planche à billets, en temps de crise comme en période plus calme, qu’ils ne peuvent que prêter attention aux sirènes qui imaginent des solutions miraculeuses pour sortir de la crise. Parmi celles-ci, une idée tient la corde : demander aux banques centrales de continuer à acheter des dettes publiques pour les annuler ensuite.

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Le mur de la dette s’effacerait ainsi devant nous… On serait tenté de poser aussitôt une question : mais alors, pourquoi le Japon qui détient le record mondial de la dette publique (245 % du PIB), et qui est seul actionnaire de sa banque centrale – à la différence de la BCE – , n’a-t-il pas encore pensé à cette solution ?

Un appel aux contribuables

Les propos tenus récemment par Jean Pisani-Ferry dans ces mêmes colonnes (17-18 mai 2020) étaient pourtant pleins de sagesse. Il rappelait qu’ « annuler la dette, c’est toujours en transférer le fardeau à d’autres ». Comment en serait-il autrement ? Laisser croire que la Banque centrale européenne (BCE) puisse vivre durablement sans faire appel aux contribuables en cas d’annulation de la dette qu’elle détient, avec des fonds propres négatifs, est un projet séduisant mais peu réaliste, surtout en zone euro, quoiqu’en disent certains experts.

Dans une interview au « Wall Street Journal » (24 février 2012), peu de temps après sa prise de fonction, Mario Draghi avait lui-même rappelé à ceux qui étaient déjà tentés de voir en lui un magicien : « Les gens ont tendance à oublier que l’argent dépensé par la BCE n’est pas de l’argent privé. C’est de l’argent public. C’est l’argent des contribuables ». Compte tenu des montants en cause, il ne fait aucun doute qu’une annulation de dette publique par la BCE impliquerait un comblement des fonds propres devenus négatifs.

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A la fin de l’année 2019, sept pays de la zone euro avaient une dette publique élevée, c’est-à- dire supérieure à 90 % du PIB : l’Espagne (96 %), Chypre (96 %), la France (98 %), la Belgique (99 %), le Portugal (118 %), l’Italie (135 %) et la Grèce (177 %). Ces sept pays représentaient un montant de dette de 7 050 milliards d’euros (70 % de la dette de la zone euro). Avec la crise pandémique, la dette de chacun de ces pays progressera de 10 à 20 points de PIB. Le montant global passera à 8 000 milliards d’euros.

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