Didier Raoult, les leçons d’une ascension

L’interdiction de l’hydroxychloroquine en France ne met pas fin aux passions déclenchées par son principal promoteur. Bien au contraire.

Publié le 01 juin 2020 à 09h10 Temps de Lecture 2 min.

Editorial du « Monde ». L’interdiction est prononcée mais la joute n’est pas close. Devenu l’un des personnages les plus médiatiques du confinement, le professeur Didier Raoult continue de ferrailler pour défendre, contre vents et marées, l’usage de l’hydroxychloroquine dans le traitement du Covid-19. Plus le nombre de ses détracteurs grandit, plus le patron de l’institut hospitalier universitaire Méditerranée Infection de Marseille apparaît sûr de lui et vindicatif.

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Après avoir toléré l’usage de son traitement uniquement en milieu hospitalier, sur décision collégiale, auprès des patients les plus gravement atteints par le virus, le gouvernement l’a interdit, purement et simplement, le 27 mai. Quelques jours plus tôt, la revue médicale The Lancet avait publié les travaux de chercheurs concluant à son inefficacité, voire à sa dangerosité, en raison d’une augmentation des arythmies cardiaques qu’il pouvait causer. Dans la foulée, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a suspendu « temporairement » les essais cliniques qu’elle menait avec certains pays tandis que, saisi par le ministre de la santé, le Haut conseil de la santé publique français recommandait de ne plus utiliser ce traitement.

Il en fallait plus pour décourager le professeur, ardent promoteur de cette molécule utilisée depuis des lustres contre le paludisme. Après l’avoir mixée à un antibiotique, il l’a administrée dès le début de l’épidémie à un certain nombre de ses patients et jugé les résultats suffisamment probants pour persévérer. Peu importe les fortes réticences de la communauté scientifique, la demande était là. Auréolé de ses réussites en médecine tropicale, fermement soutenu par la droite marseillaise dont il a traité plusieurs représentants pendant l’épidémie, le professeur Raoult a fini par s’installer dans la figure du réfractaire. Aujourd’hui galvanisé par un fan club inébranlable, il pourfend toutes les institutions qui se mettent en travers de son chemin : « L’OMS, ce n’est pas la science », a-t-il lancé après avoir qualifié de « foireuse » la prestigieuse revue The Lancet. De nombreux scientifiques s’interrogent, de fait, sur l’origine des données qui ont permis de conclure à une surmortalité liée à l’usage de hydroxychloroquine. « Le vrai problème, c’est la crédibilité. Qui est crédible ? » a contre-attaqué le rebelle en pointant le ressort de son ascension médiatique.

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Au moment où une partie des Français redoutaient la mort et se trouvaient désorientés, il est parvenu à incarner celui qui proposait une solution médicale, alors que les autorités politiques et sanitaires en étaient réduites à recourir à la méthode ancestrale du confinement. En permettant aux Marseillais qui le souhaitaient de venir se faire tester dans son service, alors que partout ailleurs il était très difficile de le faire, il est apparu proche du peuple. Et grâce aux réseaux sociaux, son aura n’a pas tardé à dépasser Marseille. A ce titre, l’émergence du Pr Raoult comme figure de recours emprunte certains traits aux dynamiques populistes qui parcourent la France depuis des années.

Peu, parmi les scientifiques et les politiques, ont osé lui tenir tête de peur d’aggraver la fracture ressentie entre les sachants et les autres. Beaucoup l’ont flatté en prenant fait et cause pour son remède. Le président de la République lui a rendu visite dans son antre marseillais, dans l’espoir de ne pas se mettre complètement à dos ses partisans. Mis bout à bout, ces comportements révèlent à quel point les institutions sont aujourd’hui fragilisées.

Le Monde

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