Le confinement, une épreuve surmontée

Editorial. Depuis deux mois, grâce au dévouement des soignants et de ceux qui étaient en première ligne, ainsi qu’à la discipline de la grande majorité des Français, le pire a été évité. Désormais, c’est la perspective d’une récession historique qu’il faut affronter.

Publié le 29 mai 2020 à 10h57 Temps de Lecture 2 min.

Edouard Philippe et Olivier Véran, lors de l’annonce des nouvelles mesures de déconfinement, à Matignon, le 28 mai.

Editorial du « Monde ». Le premier ministre n’est pas l’homme des superlatifs. Il faut donc mesurer le poids de « cette très bonne nouvelle » qu’Edouard Philippe a annoncée, jeudi 28 mai, aux Français. Le déconfinement, entamé avec une extrême prudence le 11 mai dernier, s’accélère au point que le pays peut désormais préparer, le cœur moins lourd, la saison estivale : cafés, restaurants et bars sont autorisés à rouvrir, tandis que la barrière des 100 km saute et, avec elle, la pesante impression que nous étions encore en régime de semi-liberté.

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La persistance de trois zones orange en Ile-de-France, en Guyane et à Mayotte, où les restrictions resteront, jusqu’au 22 juin, plus importantes qu’ailleurs, rappelle, certes, que rien n’est encore joué. Le virus n’a pas disparu ; il circule toujours. On suppute qu’il est saisonnier, mais sans en avoir la preuve sans la capacité, à ce jour, de le vaincre, si, par malheur, il réapparaissait à l’automne. Mais le gouvernement, qui redoutait par-dessus tout de rater l’étape du déconfinement, peut estimer qu’il a surmonté l’épreuve.

Depuis le 17 mars, date à laquelle Emmanuel Macron a demandé aux Français de rester chez eux pour éviter la saturation des hôpitaux et l’explosion des décès liés au Covid- 19, la France a été soumise, comme beaucoup d’autres pays, à une expérience inédite, longue et dramatique. Toute la vie économique, sociale, éducative, politique, a été, brutalement, mise sous cloche pendant cinquante-cinq jours avant que quelques fenêtres ne s’ouvrent. On ne mesure pas encore toutes les conséquences de cette très longue apnée. Mais le pays a tenu dans l’épreuve, et c’est déjà beaucoup.

La peur comme moteur

Le dévouement de ceux qui étaient en première ligne, personnels soignants, caissières, livreurs, a été exemplaire. De même que le comportement des citoyens qui, à quelques exceptions près, ont scrupuleusement respecté les consignes. Ce n’était pas joué d’avance, compte tenu du tempérament frondeur des Français, de l’impopularité de celui qui les soumettait à cette épreuve et de cette absence d’union sacrée qui a marqué la période.

La peur a été, en l’occurrence, un puissant moteur de discipline. Elle a légitimé toute une série de lois d’exception, qui, sur le plan des libertés publiques et des lois sociales, auraient été jugées, en temps normal, inacceptables. Le gouvernement a su les utiliser avec discernement sans donner le sentiment de vouloir en abuser, tant il était convaincu que cette épreuve sanitaire constituait aussi un redoutable test pour la démocratie.

Le moment venu, le gouvernement devra rendre des comptes, notamment devant la commission d’enquête parlementaire, qui démarrera ses travaux dans les prochains jours. La pénurie de masques et de tests au début de l’épidémie restera comme une tache indélébile. Elle a entretenu une légitime suspicion autour de la parole publique, mais aussi poussé l’administration à surmonter, dans l’urgence, ses blocages pour réussir à en fournir en nombre suffisant au moment du déconfinement. Il faudra davantage de recul pour savoir où se classe la France dans cette épreuve mondiale, mais, finalement, le pire a été évité et le professionnalisme du premier ministre reconnu.

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Le propre des catastrophes est qu’elles ne permettent guère de souffler. Après la peur suscitée par l’épidémie s’en profile une autre, liée à la récession historique qui l’accompagne. Par son ampleur, l’événement conduit à revoir de fond en comble l’orientation du quinquennat. Emmanuel Macron ne dispose plus que de quelques semaines pour préparer la rentrée. L’accalmie a beau être là, l’urgence n’en finit pas.

Le Monde

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