Plan de relance de la Commission : une chance historique pour l’Europe

Editorial. Bruxelles a présenté un plan audacieux pour permettre à l’UE de sortir unie et plus forte de la crise liée à la pandémie. Cette chance doit être saisie.

Publié le 28 mai 2020 à 10h54 - Mis à jour le 28 mai 2020 à 10h59 Temps de Lecture 2 min.

Editorial du « Monde ». L’Europe, disait Jean Monnet, se forgera à travers les crises et elle sera la somme des solutions apportées à ces crises. Mercredi 27 mai, la Commission européenne a apporté une confirmation spectaculaire à la prédiction de ce père fondateur de l’Union, en proposant un plan de relance audacieux de 750 milliards d’euros afin d’aider les économies du Vieux Continent, dévastées par la pandémie de Covid-19, à se remettre sur pied.

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Audacieux, le plan proposé par Ursula von der Leyen, présidente de la Commission, l’est avant tout par sa structure et sa méthode, davantage que par sa taille. Il prévoit, dans les 750 milliards, 500 milliards de subventions accompagnés de 250 milliards de prêts aux Etats membres affectés. Ces subventions, les fameux transferts auxquels les pays les plus riches avaient résisté pendant la crise de l’euro il y a dix ans, sont l’expression d’une authentique solidarité budgétaire au sein de l’Union européenne (UE). Le plan accorde par ailleurs à la Commission la capacité d’emprunter des fonds sur les marchés financiers – et donc de lever de la dette qui sera une dette commune européenne – et de mettre en place des ressources propres. Si ce n’est pas la préfiguration d’un Trésor européen, cela y ressemble fortement.

Il s’agit là de réelles innovations qualitatives, qui, si elles sont approuvées par les Vingt-Sept, feront franchir un saut historique à l’intégration européenne.

Négocier avec les « quatre frugaux »

Ce « si » est important. Des négociations vont maintenant s’engager entre Etats membres, et en particulier avec ceux qui se sont montrés les plus réticents à l’idée d’une mutualisation de la dette et au principe de subventions, auquel ils préfèrent la formule du prêt remboursable. Les « quatre frugaux » en particulier (Pays-Bas, Autriche, Suède, Danemark) ont beaucoup été montrés du doigt ces dernières semaines ; ils ne sont cependant pas fermés à la négociation, et le nombre de détails omis dans l’annonce de la Commission laisse la porte ouverte à d’amples marchandages. Il y a fort à parier que ces négociations, dans la bonne tradition bruxelloise, se poursuivront au-delà du prochain sommet européen des 18-19 juin, jusqu’en juillet, lorsque l’Allemagne prendra la présidence tournante de l’UE.

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Mais les lignes ont fondamentalement bougé au sein de l’Europe depuis l’irruption de la pandémie meurtrière. Les dirigeants européens ont pris conscience du risque que posait cette crise pour l’existence même de l’UE, dont certains piliers, comme le marché unique et l’espace Schengen, ont été très ébranlés par la violence du choc. La perspective du décrochage brutal des économies du sud, beaucoup plus touchées, par rapport à celles du nord, menaçait de faire exploser la zone euro. L’Allemagne a compris le danger pour elle-même d’un effondrement de ses partenaires du sud. Passé l’effet de sidération, il était donc impératif de se ressaisir rapidement et décisivement.

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Il faut reconnaître à Emmanuel Macron et à Angela Merkel le mérite d’avoir pris l’initiative et réactivé le moteur franco-allemand dans ce moment d’extrême fragilité de l’Europe. En posant clairement les termes du débat, fin mars, le premier a lancé la dynamique de l’action européenne. En opérant un véritable tournant stratégique et en brisant le tabou de la dette commune, en mai, la chancelière a fourni le tremplin qui a permis à la Commission de rebondir avec ce plan ambitieux. Des pas cruciaux viennent d’être franchis. Aux autres pays parmi les Vingt-Sept d’accomplir maintenant le reste du chemin, dans l’intérêt de tous.

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