Covid-19 et chloroquine : « Comment sortir de cette situation par le haut ? »

Les polémiques sur l’utilité de ce médicament face à la pandémie ont montré l’absence de culture scientifique de l’opinion et des politiques, relève, dans une tribune au « Monde », le professeur Francis Berenbaum, rappelant que les temps de la recherche sont longs.

Publié le 27 mai 2020 à 18h42 Temps de Lecture 5 min.

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Tribune. Alors que nous sommes désormais dans le troisième mois depuis l’annonce officielle d’une pandémie au SARS-Cov-2 le 11 mars par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), aucun traitement curatif ni préventif n’est en vue à court terme contre le Covid-19.

Pourtant, des centaines d’essais cliniques à travers le monde, testant des dizaines de molécules nouvelles ou de médicaments déjà connus, ont été réalisées, sans succès jusqu’alors. Pourtant des milliers de laboratoires de recherche, étudiant à l’échelon moléculaire le moindre détail du virus en question, n’ont permis jusqu’alors d’aboutir à guérir nos patients.

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Mais comment en aurait-il pu en être autrement ? La mise sur le marché d’un nouveau médicament demande au bas mot une dizaine d’années, et même si on veut repositionner un médicament déjà indiqué dans une autre maladie, c’est souvent six à huit ans qui sont nécessaires.

Société « zappeuse »

Pour un vaccin, il est quasiment impossible d’en développer un en moins de dix-huit mois, et encore, lorsque la cible est déjà bien connue ce qui n’est pas le cas pour le SARS-Cov-2. Ces délais sont incompatibles avec ce que peut accepter une société « zappeuse » comme la nôtre. Mais la recherche scientifique, aussi vite qu’elle puisse aller, ne peut suivre ce rythme du toujours plus vite. A moins de perdre en qualité, et dans ce cas tout est possible. C’est ce à quoi nous avons assisté lors de cette épidémie.

Il aura suffi d’une seule annonce spectaculaire (relayée par une vidéo youtube du 25 février 2020, « Coronavirus : vers une sortie de crise ? ») par un grand nom de la recherche française en microbiologie pour mettre le feu aux poudres, en clamant la guérison du Covid-19 grâce à un traitement simple, peu coûteux, efficace et sans effets secondaires. A une population angoissée, voyant ses proches, ses amis, ses collègues, tombés au combat, on propose une arme fatale, chirurgicale, sans aucuns dégâts collatéraux : qui peut y résister ?

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Les chercheurs sont là pour cela : apporter des preuves ou infirmer des hypothèses. C’est leur rôle et c’est ce que la société qui les rétribue leur demande. Or, ils ont perdu une bataille. Donc nous avons perdu. Le débat scientifique s’est déplacé sur un clivage malsain entre les adeptes de l’affirmation sans preuve et les rigoristes de la méthode scientifique. Choisis ton camp camarade !

Didier Raoult est attaqué sur sa méthode et c’est le peuple qu’il emmène avec lui. Quoi de plus facile que d’entraîner des citoyens non rompus à l’exercice de l’évaluation scientifique vers un monde où l’on guérit facilement une maladie incurable, où l’on fustige les élites (le scientifique devenant une élite) dans un monde où la recette trumpiste ou bolsonarienne a déjà montré son efficacité.

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