Crise du Covid-19 : une occasion historique pour les prisons

Editorial. En quelques semaines, le Covid-19 a réussi là où une succession de lois censées lutter contre la surpopulation carcérale avaient échoué. Le courage politique imposerait à Emmanuel Macron et à sa garde des sceaux d’assumer la réforme des peines entrée en vigueur le 24 mars.

Publié le 26 mai 2020 à 10h30 Temps de Lecture 2 min.

Editorial du « Monde ». Surmortalité, chômage, déscolarisation, violences conjugales : le Covid-19 n’a pas fini de bouleverser bien des pans de la société. Les prisons constituent une surprenante et spectaculaire exception dans ce tableau dévasté : elles se sont vidées au point que la surpopulation chronique, plaie dont elles souffrent depuis des décennies, a quasiment disparu. Détenus entassés et matelas ajoutés au sol étaient fréquents dans les lieux de détention avant le confinement. Les conséquences de la pandémie ont eu pour effet de desserrer l’étau : la politique de libération de détenus en fin de peine rapidement mise en œuvre par la garde des sceaux, Nicole Belloubet, a augmenté le flux des sorties. Mais, surtout, le ralentissement de l’activité des tribunaux a provoqué une diminution du nombre d’incarcérations.

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Résultat : en quelques semaines, le Covid-19 a réussi là où, depuis vingt ans et sous tous les gouvernements, une succession de lois censées lutter contre la surpopulation carcérale avaient échoué. Alors que les prisons françaises comptaient 72 500 détenus pour 61 000 places avant la pandémie, les effectifs ont été réduits à 58 926 à la date du 24 mai. Si la surpopulation n’a pas disparu – le taux d’occupation de certaines maisons d’arrêt reste autour de 150 % –, la France compte désormais davantage de places de prison que de détenus.

Retournement inédit

Cellules surpeuplées plus rares, douches et promenades plus fréquentes. La panique qui avait saisi l’administration pénitentiaire qui craignait une contamination massive et des révoltes a cédé la place à une relative sérénité. Ce retournement inédit est d’autant plus impressionnant que, le 30 janvier, la Cour européenne des droits de l’homme avait dénoncé le « phénomène structurel » de la surpopulation des prisons françaises et prononcé une humiliante condamnation de la France pour « traitements inhumains ou dégradants ».

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Dans les prisons aussi, le « monde d’après » doit être différent et le gouvernement serait coupable de ne pas saisir la chance historique qui s’offre à lui. Jamais le contexte n’a été aussi favorable à un aggiornamento de la politique pénale. Les personnels pénitentiaires, peu portés au laxisme, reconnaissent que l’ambiance a changé dans les prisons. Quant aux responsables politiques, souvent prompts à dénoncer la moindre mesure de libération, ils observent un impressionnant silence.

Il faut en finir avec les politiques schizophrènes sur la prison : d’un côté, le vote de textes de plus en plus répressifs, la suppression des grâces collectives (par Nicolas Sarkozy en 2008) et l’assimilation des lois d’amnistie au laxisme ; de l’autre, des lois récurrentes destinées à « désengorger » des prisons scandaleusement inhumaines. Le courage politique imposerait à Emmanuel Macron et à sa garde des sceaux d’assumer la réforme des peines entrée en vigueur le 24 mars, qui vise à remplacer plus souvent les courtes peines de prison par des peines alternatives.

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Face au conservatisme qui domine dans les juridictions, le volontarisme doit redoubler pour que procureurs et juges utilisent pleinement la nouvelle échelle des peines et que l’impact des mesures contre la récidive soit systématiquement évalué. Mais c’est d’abord l’opinion qu’il faut convaincre. Répéter aux magistrats que la prison ne doit pas être la seule peine envisageable ne sert à rien si, en même temps, on durcit les peines inscrites au code pénal et que l’on crée de nouveaux délits punis d’emprisonnement, à chaque émotion suscitée par un fait divers.

Le Monde

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